Qu’est-ce que Monero ?
Monero (XMR) est une cryptomonnaie lancée en avril 2014, conçue dès le départ pour offrir une confidentialité totale sur les transactions. Là où Bitcoin affiche publiquement les montants, les adresses d’envoi et de réception sur sa blockchain, Monero masque la totalité de ces informations par défaut. Chaque transaction est privée - pas en option, pas en complément, mais par conception.
Le projet est né comme un fork de Bytecoin, première cryptomonnaie basée sur le protocole CryptoNote. Les développeurs à l’origine de Monero ont repris ce protocole après avoir découvert que Bytecoin avait pré-miné environ 80% de son supply en secret. Le fork a d’abord été lancé sous le nom de BitMonero, rapidement raccourci en Monero (“monnaie” en espéranto).
Depuis ses débuts, Monero fonctionne sans entreprise, sans fondation officielle, sans PDG. Le développement repose sur une communauté de contributeurs bénévoles et un système de financement participatif appelé Community Crowdfunding System (CCS). Ce modèle grassroots distingue Monero de la plupart des projets crypto, où une entité centrale oriente la feuille de route.
En termes de capitalisation, XMR oscille entre 4 et 8 milliards d’euros selon les conditions du marché. Le token ne figure plus dans le top 20 des classements sur certains agrégateurs, en partie parce que plusieurs exchanges ont retiré la paire XMR de leur offre sous la pression réglementaire.
NOTE
Le mot “Monero” vient de l’espéranto et signifie simplement “monnaie” ou “pièce”. Ce choix reflète l’ambition du projet : devenir une monnaie numérique fonctionnelle, pas un actif spéculatif ou une plateforme de smart contracts.
Comment fonctionne la confidentialité de Monero ?
Monero combine trois technologies cryptographiques pour rendre chaque transaction opaque aux observateurs extérieurs. Aucune de ces protections n’est optionnelle - elles s’appliquent à toutes les transactions sans exception.
Ring Signatures : masquer l’expéditeur
Quand un utilisateur envoie du XMR, sa transaction est mélangée avec plusieurs autres entrées (appelées “decoys” ou leurres) provenant de la blockchain. Le réseau sélectionne automatiquement 16 decoys parmi les transactions passées et les combine avec la vraie entrée de l’expéditeur dans une “ring signature” - une signature cryptographique qui prouve que l’une des 17 entrées est authentique, sans révéler laquelle.
Un observateur voit 17 entrées possibles mais ne peut pas déterminer quelle personne a réellement envoyé les fonds. C’est comme si 17 personnes signaient un document ensemble : la signature est valide, mais impossible à attribuer à un seul signataire.
Stealth Addresses : masquer le destinataire
Pour chaque transaction entrante, Monero génère automatiquement une adresse unique et jetable - une stealth address. Même si deux personnes envoient du XMR à la même adresse publique, les stealth addresses inscrites sur la blockchain seront différentes et impossibles à relier entre elles ou à l’adresse publique du destinataire.
Ce mécanisme utilise la cryptographie sur courbes elliptiques (Diffie-Hellman). L’expéditeur crée une clé éphémère pour chaque transaction, et seul le destinataire peut détecter et dépenser les fonds grâce à sa clé privée de visualisation (view key).
RingCT : masquer les montants
Ring Confidential Transactions (RingCT), déployé en janvier 2017, cache les montants échangés dans chaque transaction. Avant RingCT, les montants étaient visibles - seuls l’expéditeur et le destinataire étaient masqués. Avec RingCT, un observateur ne voit ni qui envoie, ni qui reçoit, ni combien est transféré.
Le système utilise des “Pedersen commitments” - des engagements cryptographiques qui permettent au réseau de vérifier que les entrées et sorties d’une transaction sont équilibrées sans révéler les montants réels.
Bulletproofs+ : réduire le poids des preuves
Un problème des preuves de confidentialité : elles sont volumineuses. Les premières versions de RingCT produisaient des transactions de plusieurs kilo-octets. Monero a intégré les Bulletproofs en octobre 2018, puis les Bulletproofs+ en 2022, pour compresser ces preuves de portée (range proofs). Résultat : les transactions sont environ 80% plus légères qu’avant, ce qui réduit les frais et améliore la capacité du réseau.
Dandelion++ : masquer l’adresse IP
La confidentialité de Monero ne se limite pas à la blockchain. Le protocole Dandelion++ modifie la façon dont les transactions sont diffusées sur le réseau peer-to-peer. Au lieu de broadcaster une transaction à tous les noeuds simultanément (ce qui permet de localiser l’IP d’origine), Dandelion++ fait d’abord passer la transaction par une chaîne aléatoire de noeuds (phase “stem”) avant de la diffuser largement (phase “fluff”). Cela rend le traçage de l’adresse IP de l’expéditeur beaucoup plus difficile.
IMPORTANT
Monero offre une confidentialité par défaut - contrairement à Zcash, où les transactions blindées (shielded) sont optionnelles et représentent une minorité des transactions. Quand la vie privée est optionnelle, les transactions privées se distinguent du lot et deviennent suspectes par nature. Sur Monero, tout le monde est anonyme, ce qui protège aussi ceux qui n’ont rien à cacher.
Le minage de Monero : RandomX et accessibilité CPU
Un algorithme anti-ASIC par conception
Monero utilise le Proof of Work (PoW), comme Bitcoin, mais avec un algorithme radicalement différent : RandomX. Déployé en novembre 2019, RandomX a été conçu pour être efficace sur les processeurs (CPU) classiques et inefficace sur les puces spécialisées (ASIC) et les cartes graphiques (GPU).
RandomX exécute des programmes aléatoires dans une machine virtuelle dédiée, exploitant les capacités spécifiques des CPU modernes (exécution spéculative, cache L3, branchements conditionnels). Un ASIC ne peut pas optimiser un calcul qui change à chaque itération, ce qui maintient les CPU compétitifs.
Cette philosophie s’oppose à Bitcoin, où le minage est dominé par des fermes industrielles équipées d’ASIC à plusieurs milliers d’euros pièce. Sur Monero, un processeur AMD Ryzen 5 ou un Intel i7 récent peut miner de manière rentable - surtout dans les pays où l’électricité est bon marché.
Tail emission : pas de supply maximum
Depuis mai 2022, Monero a atteint la fin de sa courbe d’émission initiale (environ 18,13 millions de XMR). Mais contrairement à Bitcoin, qui cessera toute émission vers 2140, Monero a choisi une “tail emission” permanente : 0,6 XMR par bloc, pour toujours. Au rythme actuel d’un bloc toutes les 2 minutes, cela représente environ 432 XMR par jour, soit un taux d’inflation annuel d’environ 0,86% - et ce taux diminue chaque année en proportion du supply total.
Ce choix est délibéré. Sans récompense de bloc permanente, les mineurs n’auraient plus assez d’incitation à sécuriser le réseau une fois les frais de transaction trop bas - un problème que Bitcoin devra affronter dans les décennies à venir. La tail emission garantit un budget de sécurité minimal et prévisible.
TIP
Le taux d’inflation de Monero (0,86% en 2025) est inférieur à celui de l’or (~1,5% par an) et largement inférieur à l’inflation des monnaies fiat. Il continuera de baisser proportionnellement chaque année. En pratique, XMR est désinflationniste plutôt qu’inflationniste.
Les atomic swaps : XMR vers BTC sans intermédiaire
Depuis 2021, il est possible d’échanger du XMR contre du BTC (et inversement) via des atomic swaps - des échanges pair-à-pair sans exchange centralisé, sans vérification d’identité, sans tiers de confiance. Le protocole utilise des contrats verrouillés dans le temps (HTLC adapté) et des preuves cryptographiques pour garantir que les deux parties reçoivent leurs fonds ou que l’échange est annulé.
Des outils comme UnstoppableSwap permettent de réaliser ces swaps via une interface graphique. Le processus prend entre 10 et 30 minutes (le temps des confirmations Bitcoin), mais il offre un chemin d’accès au XMR qui ne passe par aucune plateforme centralisée - un avantage dans un contexte de delistings croissants.
Le prix de la confidentialité : delistings et pressions réglementaires
Vague de retraits des exchanges
La principale faiblesse commerciale de Monero réside dans sa relation avec les régulateurs et les plateformes d’échange. Depuis 2020, une vague de delistings a frappé XMR :
- Binance : delisting en février 2024 pour les utilisateurs européens, puis global
- Kraken : retrait de XMR en octobre 2024 pour les clients de plusieurs pays européens
- OKX : delisting complet de XMR en décembre 2023
- Bittrex, Huobi, ShapeShift : retraits plus précoces, dès 2020-2021
Ces décisions sont motivées par les exigences réglementaires KYC/AML (Know Your Customer / Anti-Money Laundering). Les autorités financières considèrent que les privacy coins rendent impossible le traçage des flux financiers, ce qui entre en conflit avec les obligations de surveillance des plateformes régulées.
Résultat : acheter du XMR est devenu plus compliqué. Les options restantes incluent Haveno (exchange décentralisé, successeur de Bisq pour Monero), des échanges P2P, et les atomic swaps mentionnés plus haut.
CAUTION
Les delistings de XMR réduisent la liquidité et compliquent l’accès au token. Si vous détenez du XMR, assurez-vous d’avoir un wallet non-custodial (comme le wallet officiel Monero GUI/CLI ou Feather Wallet) pour ne pas dépendre d’un exchange qui pourrait retirer le support du jour au lendemain.
Association avec les marchés illicites
Monero est régulièrement associé aux transactions illicites - marchés darknet, ransomwares, blanchiment. Cette réputation n’est pas infondée : Chainalysis a confirmé que XMR est utilisé sur certains marchés noirs en ligne, précisément parce que les transactions sont intraçables.
Ce point mérite d’être relativisé. Le cash reste l’instrument préféré des activités criminelles, et les transactions illicites en crypto représentent moins de 1% du volume total selon Chainalysis. Bitcoin reste d’ailleurs plus utilisé que Monero en volume absolu sur les marchés illicites. Mais cet argument ne suffit pas à rassurer les régulateurs.
Points forts de Monero
Confidentialité native et complète. Monero est la seule cryptomonnaie d’envergure où toutes les transactions sont privées par défaut. Pas d’option à activer, pas de pool d’anonymat réduit. Les Ring Signatures, Stealth Addresses, RingCT et Dandelion++ forment une couche de confidentialité intégrée au protocole.
Minage démocratique. L’algorithme RandomX permet de miner du XMR avec un CPU classique. Cette accessibilité distribue le hashrate de manière plus équitable que les blockchains dominées par les fermes ASIC, et renforce la résistance à la censure du réseau.
Communauté indépendante. Pas de CEO, pas de fondation, pas de venture capital. Le développement est financé par la communauté via le CCS, et les décisions techniques sont prises par consensus. Ce modèle grassroots crée une base d’utilisateurs engagés et idéologiquement alignés.
Tail emission. La récompense de bloc permanente (0,6 XMR/bloc) assure un budget de sécurité à long terme sans dépendre uniquement des frais de transaction - un modèle économique plus durable que celui de Bitcoin sur le très long terme.
Fongibilité. Chaque XMR est identique à un autre. Il n’y a pas de “XMR sale” comme il peut y avoir des “bitcoins entachés” ayant transité par des adresses suspectes. Cette fongibilité - propriété que tout argent devrait avoir - est une conséquence directe de la confidentialité par défaut.
Points faibles de Monero
Delistings et liquidité en baisse. Le retrait de XMR des principaux exchanges réduit la liquidité, augmente les spreads et complique l’accès pour les nouveaux investisseurs. Cette tendance ne montre aucun signe d’inversion - au contraire, les exigences réglementaires se durcissent.
Risque réglementaire permanent. Plusieurs pays (Japon, Corée du Sud, Australie) ont déjà interdit les privacy coins sur les exchanges régulés. L’Europe, via MiCA et les règles anti-blanchiment renforcées, pourrait suivre.
Taille des transactions. Malgré les Bulletproofs+, une transaction Monero reste 3 à 5 fois plus volumineuse qu’une transaction Bitcoin standard. Cela limite la scalabilité du réseau et maintient des frais plus élevés que ceux de certaines chaînes concurrentes, même s’ils restent modestes en valeur absolue (quelques centimes d’euros).
Adoption commerciale limitée. Peu de commerçants acceptent le XMR comparé à Bitcoin ou même à des stablecoins. L’écosystème de paiement reste de niche, porté par des utilisateurs convaincus plutôt que par une adoption grand public.
Association avec les activités illicites. Même si cette association est proportionnellement exagérée, elle pèse sur la réputation du projet et donne des arguments aux régulateurs.
WARNING
La confidentialité de Monero est une arme à double tranchant pour l’investisseur. Elle attire des utilisateurs qui valorisent la vie privée, mais elle repousse les institutions et les régulateurs. Ce compromis définit le profil de risque de XMR : un actif à forte conviction idéologique mais à adoption institutionnelle quasi nulle.
Notre avis sur Monero
Notre verdict sur Monero est neutre. Le projet incarne la meilleure technologie de confidentialité dans l’univers crypto, portée par une communauté authentiquement décentralisée et idéologiquement cohérente. Mais les vents réglementaires soufflent fort contre lui.
Côté positif, Monero fait ce qu’il promet : des transactions réellement privées, un minage accessible, et un développement communautaire sans pression d’actionnaires ou de venture capitalists. La fongibilité du XMR en fait, sur le plan théorique, une meilleure “monnaie” que Bitcoin. La tail emission résout avec élégance le problème du budget de sécurité à long terme.
Côté négatif, la réalité du marché est rude. Les delistings successifs érodent la liquidité et l’accessibilité. Les régulateurs ciblent les privacy coins avec une sévérité croissante. L’association avec les marchés illicites nourrit un narratif hostile. Et sans adoption commerciale significative, Monero reste un outil de niche plutôt qu’une monnaie d’usage courant.
Pour un investisseur, XMR est un pari sur la valeur à long terme de la vie privée financière. Si vous croyez que la demande pour des transactions privées va croître, Monero est le leader de ce créneau. Si vous pensez que les régulateurs finiront par marginaliser les privacy coins, la liquidité continuera de se réduire et le cours en souffrira.
Un projet techniquement excellent et idéologiquement pur, mais dont l’avenir dépend d’un bras de fer entre le droit à la vie privée et les exigences de transparence financière des États.
FAQ
Monero est-il légal en France ?
Détenir et utiliser du Monero est légal en France en 2025. Aucune loi française n’interdit la possession de privacy coins. En revanche, les plateformes d’échange régulées en Europe retirent progressivement XMR de leur offre sous la pression des règles anti-blanchiment. Acheter du XMR passe donc par des exchanges décentralisés ou des atomic swaps. La fiscalité s’applique normalement : les plus-values sur XMR sont soumises au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30%.
Peut-on tracer les transactions Monero ?
La blockchain Monero est conçue pour empêcher le traçage. Les Ring Signatures, Stealth Addresses et RingCT masquent l’expéditeur, le destinataire et le montant de chaque transaction. Des sociétés comme CipherTrace ont revendiqué des outils de traçage probabiliste, mais aucune preuve publique n’a démontré une capacité fiable à désanonymiser les transactions Monero récentes.
Comment acheter du Monero en 2025 ?
Les options se sont réduites avec les delistings. Quelques exchanges centralisés le proposent encore (KuCoin, MEXC - vérifiez la disponibilité dans votre juridiction). Les alternatives décentralisées incluent Haveno (exchange P2P), les atomic swaps XMR/BTC via UnstoppableSwap, et certaines plateformes P2P. Stockez vos XMR dans un wallet non-custodial (Monero GUI, Feather Wallet) plutôt que sur un exchange.
Quelle est la différence entre Monero et Zcash ?
Les deux sont des privacy coins, mais avec des approches opposées. Monero applique la confidentialité par défaut - chaque transaction est privée. Zcash propose la confidentialité en option via les “shielded transactions”, mais la majorité des transactions Zcash sont transparentes. En pratique, le pool d’anonymat de Monero est plus large (100% des transactions), ce qui renforce la protection de chaque utilisateur. Zcash utilise les zk-SNARKs (preuves à connaissance nulle), une technologie cryptographique différente des Ring Signatures de Monero.
Le minage de Monero est-il rentable ?
Avec l’algorithme RandomX, un processeur moderne (AMD Ryzen 7, Intel i7 récent) peut miner entre 0,5 et 1,5 EUR par jour selon le hashrate et le cours du XMR. La rentabilité dépend du coût de l’électricité : en dessous de 0,10 EUR/kWh, le minage CPU est généralement rentable. Au-dessus de 0,20 EUR/kWh, les marges deviennent très minces. MoneroOcean (pool de minage) et des calculateurs en ligne permettent d’estimer la rentabilité avec votre matériel.