Le yield farming (ou “agriculture de rendement”) consiste à déployer ses cryptomonnaies dans différents protocoles DeFi pour générer le meilleur rendement possible. Les farmers déplacent leurs fonds là où les taux sont les plus attractifs.
Comment ça fonctionne ?
Le principe de base : vous déposez des tokens dans un protocole DeFi, et vous recevez des récompenses. Ces récompenses peuvent prendre plusieurs formes :
- Frais de transaction : en fournissant de la liquidité sur un DEX, vous touchez une part des frais payés par les traders
- Tokens de gouvernance : le protocole distribue son propre token pour attirer de la liquidité
- Intérêts d’emprunt : sur les protocoles de prêt comme Aave ou Compound
Les yields farmers combinent souvent plusieurs stratégies. Exemple : déposer de l’ETH sur Lido (staking, 4%), recevoir du stETH, déposer ce stETH sur Aave comme garantie, emprunter des stablecoins, fournir ces stablecoins dans un pool Curve. Résultat : des rendements empilés (“stacked yields”).
Les risques sont réels
Le yield farming est la stratégie la plus risquée en DeFi :
- Smart contract risk : chaque protocole utilisé est un point de défaillance potentiel
- Impermanent loss : la valeur de vos tokens dans un pool de liquidité peut baisser par rapport à un simple hold
- Liquidation : si vous empruntez avec levier, une chute des prix peut liquider votre position
- Rendements insoutenables : les APY de 1 000% attirent mais ne durent jamais. Les tokens de récompense perdent rapidement leur valeur quand tout le monde les vend
Le “DeFi Summer” de 2020
Le yield farming a explosé en été 2020 avec le lancement du token COMP par Compound. Des protocoles comme Yearn Finance (YFI) ont automatisé les stratégies de farming. Cette période a vu la TVL en DeFi passer de 1 milliard à 15 milliards de dollars en quelques mois.
Aujourd’hui, les rendements se sont normalisés. Les stratégies simples rapportent 3 à 10% par an, tandis que les stratégies complexes avec levier peuvent atteindre 15 à 30%, avec un risque proportionnel.
Yield farming, staking et lending : ne pas confondre
Trois termes circulent souvent comme synonymes alors qu’ils désignent des activités distinctes. Le staking immobilise des tokens pour sécuriser une blockchain et touche une récompense de protocole, généralement régulière et peu risquée. Le lending consiste à prêter ses cryptos sur un protocole comme Aave pour percevoir un intérêt versé par les emprunteurs. Le yield farming, lui, orchestre ces briques : il empile staking, lending et fourniture de liquidité pour viser le rendement net le plus élevé. C’est la stratégie la plus avancée de toute la finance décentralisée, et celle qui suppose de comprendre chacune des couches qu’on assemble avant d’y engager des fonds.
Bien évaluer un APY avant de s’engager
Un rendement annuel affiché n’a de sens qu’au regard de ce qui le finance. Un APY payé en frais de transaction réels (les traders qui swappent dans le pool) est durable ; un APY payé en tokens de gouvernance fraîchement émis ne tient que tant que ces tokens conservent leur valeur. Avant de déposer, il faut donc identifier la source du rendement, mesurer les frais de réseau qui grignotent les petites positions, et vérifier l’historique d’audit du protocole. Sur Ethereum, des frais de gas élevés peuvent annuler le gain d’une position modeste : c’est souvent sur les réseaux Layer 2 que le yield farming redevient économiquement viable pour les petits montants.