Qu’est-ce que EOS ?
EOS est une blockchain de couche 1 lancée en juin 2018, après une ICO qui reste à ce jour la plus importante de l’histoire crypto : 4,1 milliards de dollars levés en un an. Le projet a été créé par Block.one, une société des îles Caïmans dirigée par Brendan Blumer (CEO) et Dan Larimer (CTO), un développeur déjà connu pour avoir conçu BitShares et Steem.
L’ambition de départ était immense : créer le “système d’exploitation” des applications décentralisées, capable de traiter des millions de transactions par seconde et d’offrir des frais de transaction nuls. EOS voulait être l’Ethereum killer, le protocole qui allait rendre la blockchain accessible au grand public.
Le token EOS sert de ressource système : il donne accès à la bande passante, au stockage et à la puissance de calcul du réseau, proportionnellement à la quantité de tokens stakés. Contrairement à la plupart des blockchains où l’on paie des frais à chaque transaction, le modèle EOS fonctionne par allocation de ressources - un choix de design qui semblait innovant en 2018, mais qui s’est révélé complexe à utiliser en pratique.
En termes de capitalisation, EOS est passé du top 5 en 2018 à une position au-delà du top 100 en 2025-2026, avec une valorisation autour de 800 millions à 1 milliard d’euros. Le token a atteint un sommet historique de 22,89 dollars en avril 2018, avant de chuter progressivement pour osciller autour de 0,50 à 0,80 dollar. Une dégringolade de plus de 96% depuis le plus haut.
NOTE
Dan Larimer, le cerveau technique derrière EOS, a quitté Block.one en janvier 2021 - moins de trois ans après le lancement du mainnet. Ce départ a été perçu comme un signal d’abandon par une partie de la communauté, et a accéléré la perte de confiance dans le projet.
Comment fonctionne EOS ?
Le Delegated Proof of Stake (DPoS)
EOS utilise le Delegated Proof of Stake, un mécanisme de consensus où les détenteurs de tokens votent pour élire 21 producteurs de blocs (block producers) chargés de valider les transactions et de maintenir le réseau. Ces 21 élus sont les seuls à créer des blocs, ce qui permet des performances élevées mais concentre le pouvoir de validation dans un nombre très réduit de mains.
Le processus fonctionne en rounds de 126 blocs (6 blocs par producteur, 21 producteurs). Chaque producteur dispose d’une fenêtre de 0,5 seconde pour produire un bloc. Si un producteur manque son tour, le slot est sauté et le suivant prend le relais.
Architecture technique
Le code EOS (anciennement EOSIO, renommé Antelope après la rupture avec Block.one) se compose de quatre couches :
- Couche de fonctions de base : traitement des transactions, production de blocs, chiffrement, opérations d’entrée/sortie et communication réseau. C’est le socle sur lequel tout repose.
- Couche plugin : des modules enfichables qui ajoutent des fonctionnalités au noeud (historique, API, production de blocs).
- Couche contrat : les smart contracts écrits en C++ et compilés en WebAssembly (WASM). Le choix du C++ et de WASM visait la performance, mais a réduit le bassin de développeurs par rapport à Solidity sur Ethereum.
- Couche application : les dApps qui interagissent avec les contrats et le réseau via des API.
TIP
Depuis la mise à jour Spring 1.0 (septembre 2024), EOS utilise l’algorithme de consensus Savanna qui ramène la finalité des transactions à 1 seconde, contre 3 minutes auparavant. C’est l’un des rares changements de consensus réussis sur une blockchain active, aux côtés d’Ethereum lors du Merge.
Le modèle de ressources
Au lieu de payer des frais de gas comme sur Ethereum, les utilisateurs EOS stakent leurs tokens pour obtenir trois types de ressources :
| Ressource | Usage | Fonctionnement |
|---|---|---|
| CPU | Temps de calcul | Proportionnel au stake |
| NET | Bande passante réseau | Proportionnel au stake |
| RAM | Stockage on-chain | Achetée sur un marché interne |
Ce modèle avait un avantage théorique : des transactions gratuites pour les utilisateurs. En pratique, il a créé un système opaque où la RAM devenait un actif spéculatif et où les nouveaux utilisateurs avaient besoin d’EOS juste pour pouvoir interagir avec le réseau. Un cauchemar d’onboarding que les concurrents n’ont pas reproduit.
L’écosystème EOS : du rêve à la réalité
L’ère Block.one (2018-2021)
Les premières années d’EOS sont un cas d’école de promesses non tenues. Block.one a levé 4,1 milliards de dollars via une ICO d’un an, mais n’a jamais investi ces fonds de manière significative dans le développement de l’écosystème. La société a acheté 140 000 BTC avec une partie de la trésorerie, investi dans des activités sans rapport avec EOS (une plateforme sociale, Voice, rapidement abandonnée), et laissé la communauté se débrouiller avec un protocole encore immature.
Le règlement avec la SEC en 2019 - une amende de 24 millions de dollars pour la vente de titres non enregistrés lors de l’ICO - a révélé le décalage entre les montants levés et les montants investis dans le projet. 24 millions, c’est 0,58% des fonds levés. Un signal clair que le régulateur considérait l’ICO comme problématique, mais que la sanction restait symbolique comparée aux profits.
Dan Larimer est parti en janvier 2021. Avec son départ, EOS a perdu son principal architecte technique.
L’EOS Network Foundation (2021-présent)
La communauté a réagi. En octobre 2021, Yves La Rose, un entrepreneur canadien, a fondé l’EOS Network Foundation (ENF) pour reprendre le développement là où Block.one avait échoué. L’ENF a formalisé la rupture avec Block.one fin 2022 en forkant le code EOSIO sous le nom “Antelope”, un protocole open-source indépendant.
L’ENF a depuis piloté plusieurs avancées :
- Spring 1.0 (septembre 2024) : mise à jour qui a remplacé le consensus par l’algorithme Savanna, ramenant la finalité à 1 seconde. Bart Wyatt, CTO de l’ENF, a rappelé que très peu de blockchains L1 ont réussi un changement de consensus en production.
- EOS EVM : une couche de compatibilité Ethereum permettant de déployer des smart contracts Solidity directement sur EOS. L’objectif : attirer des développeurs et des protocoles DeFi déjà existants sur Ethereum.
- Programmes de subventions : financement de projets via des grants pour tenter de reconstruire un écosystème de dApps.
Le TVL DeFi d’EOS reste très modeste - autour de 100 à 150 millions de dollars - loin des milliards que concentrent Ethereum, Solana ou Arbitrum. Les dApps actives se comptent sur les doigts d’une main.
WARNING
L’EOS EVM est un effort pour attirer des développeurs Ethereum, mais il arrive tard. Des dizaines de blockchains EVM-compatibles existent déjà (Avalanche, BNB Chain, Polygon, Arbitrum, Base). L’avantage compétitif d’EOS dans ce contexte reste flou.
Points forts d’EOS
Performance technique réelle. Avec la mise à jour Spring 1.0 et l’algorithme Savanna, EOS offre une finalité d’1 seconde et un débit qui peut dépasser 10 000 TPS en conditions réelles. Ces performances placent EOS parmi les blockchains les plus rapides du marché, même si peu d’applications exploitent cette capacité aujourd’hui.
Transactions sans frais. Le modèle de ressources par staking permet aux utilisateurs d’envoyer des transactions sans payer de frais directs. Pour les applications qui veulent onboarder des utilisateurs non-crypto, l’absence de frais est un atout - si l’expérience utilisateur est simplifiée.
Communauté autonome et résiliente. La création de l’ENF prouve que la communauté EOS est capable de reprendre un projet abandonné par ses fondateurs. Le passage du code EOSIO à Antelope est un acte d’indépendance rare dans l’industrie crypto. Cette capacité d’auto-organisation est un signal positif, même si elle ne suffit pas à compenser le retard accumulé.
Maturité du code. Plus de six ans d’exploitation continue, sans interruption majeure du réseau. EOS n’a pas connu les pannes répétées qui ont touché Solana entre 2021 et 2023. Le protocole est stable et éprouvé.
Points faibles d’EOS
Centralisation extrême. 21 block producers pour un réseau entier, c’est peu. À titre de comparaison, Ethereum compte plus de 900 000 validateurs, Solana environ 1 800. Cette concentration rend EOS vulnérable à la collusion, à la censure et aux pressions réglementaires. Des accusations de cartels de votes entre block producers ont circulé dès les premiers mois du réseau, sans que le problème soit résolu.
Écosystème désertique. La TVL DeFi autour de 100-150 millions de dollars, un nombre réduit de dApps actives, très peu de développeurs. La majorité des projets prometteurs de 2018-2019 ont migré vers d’autres chaînes ou ont fermé. EOS RAM, un temps considéré comme innovant, est devenu un marché moribond. L’écosystème ne génère pas l’activité organique que l’on attend d’une blockchain du top 100.
Héritage toxique de Block.one. L’ICO de 4,1 milliards de dollars suivie d’un quasi-abandon du projet a durablement endommagé la réputation d’EOS. Les investisseurs institutionnels et les développeurs qui ont été échaudés par l’expérience Block.one ne reviendront pas facilement. Cette tache réputationnelle est un boulet que l’ENF traîne, malgré ses efforts.
Perte de pertinence. En 2018, EOS était un concurrent crédible d’Ethereum. En 2025-2026, le paysage a radicalement changé. Solana, Avalanche, Sui, Aptos, les L2 Ethereum - la concurrence est partout, avec des écosystèmes bien plus actifs et des financements plus importants. EOS n’a plus d’avantage compétitif distinctif.
Tokenomics défavorables. Le token EOS a perdu plus de 96% depuis son sommet historique. L’offre est inflationniste et le mécanisme de staking ne génère pas de rendements suffisants pour compenser la dilution. La demande organique pour le token est faible : peu d’utilisateurs ont besoin de staker des EOS pour accéder à des ressources réseau, faute d’applications qui justifient l’usage.
CAUTION
L’ICO EOS de 4,1 milliards de dollars a fait l’objet d’un règlement avec la SEC en 2019. Block.one a payé une amende de 24 millions de dollars (0,58% des fonds levés) pour vente de titres non enregistrés. La grande majorité des fonds levés n’a jamais été investie dans le développement de l’écosystème EOS.
Notre avis sur EOS
Notre verdict sur EOS est négatif. Le projet illustre un schéma devenu classique dans la crypto : une ICO massive, des promesses démesurées, un abandon par les fondateurs, et une communauté qui tente de sauver ce qui peut l’être.
Soyons clairs sur ce qui fonctionne. La technologie EOS n’est pas mauvaise. La mise à jour Spring 1.0 et l’algorithme Savanna sont de vraies avancées techniques. La finalité d’1 seconde et le débit élevé sont des performances réelles. L’EOS Network Foundation, sous la direction d’Yves La Rose, fait un travail honnête pour reconstruire un écosystème à partir de quasi-rien.
Mais la technologie seule ne fait pas un projet viable. L’écosystème est vide. Le TVL est marginal. Les développeurs construisent ailleurs. Le token a perdu la quasi-totalité de sa valeur et rien n’indique un retournement de tendance. La concurrence est incomparablement plus avancée : Solana traite des milliards de dollars de volume quotidien, les L2 Ethereum captent les développeurs, et des blockchains plus récentes comme Sui ou Aptos arrivent avec des architectures plus modernes et des écosystèmes dynamiques.
Le problème de fond, c’est la confiance. Block.one a levé 4,1 milliards, acheté du Bitcoin avec, et laissé la communauté se débrouiller. Le départ de Dan Larimer a confirmé le désintérêt des fondateurs. L’amende de la SEC, bien que modeste, a scellé la réputation de l’ICO comme l’une des plus décevantes de l’histoire crypto. Reconstruire la confiance après un tel historique prend des années, et le marché n’attend personne.
Pour un investisseur, EOS présente un rapport risque/rendement défavorable. Le potentiel de hausse existe en théorie (un token à -96% peut toujours rebondir), mais les facteurs qui justifieraient ce rebond - adoption, écosystème, innovation distinctive - sont absents. Il existe des dizaines d’alternatives avec des écosystèmes plus actifs, des équipes plus impliquées et des perspectives plus crédibles.
EOS est une leçon pour l’industrie : l’argent levé ne garantit rien sans exécution, et une communauté, aussi résiliente soit-elle, ne peut pas compenser l’absence de demande organique.
IMPORTANT
Si vous détenez des EOS achetés pendant la période 2018-2019, évaluez froidement les chances de récupérer votre investissement initial. Un token qui a perdu 96% de sa valeur doit multiplier son prix par 25 pour revenir à son sommet. Diversifier vers des projets avec un écosystème actif peut être une décision plus rationnelle que d’attendre un rebond hypothétique.
FAQ
EOS est-il un bon investissement en 2026 ?
EOS se situe au-delà du top 100 des cryptomonnaies par capitalisation, avec un cours en baisse de plus de 96% depuis son sommet historique de 2018. L’écosystème DeFi est très réduit (TVL autour de 100-150 millions de dollars) et le nombre de dApps actives reste faible. La mise à jour Spring 1.0 apporte des améliorations techniques, mais l’absence d’adoption et la concurrence intense rendent les perspectives d’investissement défavorables. Ne considérez EOS que comme une position spéculative à très haut risque.
Qu’est-ce que l’EOS Network Foundation ?
L’EOS Network Foundation (ENF) est une organisation créée en octobre 2021 par Yves La Rose pour reprendre le développement d’EOS après l’abandon progressif de Block.one. L’ENF a forké le code EOSIO sous le nom “Antelope”, piloté la mise à jour Spring 1.0, déployé l’EOS EVM et finance des projets via des programmes de subventions. C’est la structure qui coordonne le développement décentralisé du réseau.
Pourquoi EOS a-t-il autant baissé ?
La chute d’EOS s’explique par plusieurs facteurs combinés : l’abandon du projet par Block.one malgré une ICO de 4,1 milliards de dollars, le départ du CTO Dan Larimer en 2021, l’amende SEC de 24 millions de dollars, l’absence d’écosystème DeFi significatif et une concurrence croissante de Solana, des L2 Ethereum et des blockchains de nouvelle génération. La perte de confiance des investisseurs et des développeurs a créé un cercle vicieux d’abandon.
Quelle est la différence entre EOS et Ethereum ?
EOS utilise le Delegated Proof of Stake avec 21 block producers élus, tandis qu’Ethereum repose sur le Proof of Stake avec plus de 900 000 validateurs. EOS propose des transactions sans frais via un système de staking de ressources, alors qu’Ethereum facture du gas. EOS offre une finalité d’1 seconde (depuis Spring 1.0) contre 12 minutes pour Ethereum en couche 1. En contrepartie, l’écosystème Ethereum domine largement en termes de TVL DeFi, de nombre de développeurs et d’applications disponibles.