Vous avez acheté du Bitcoin et vous vous demandez comment déclarer vos gains aux impôts ? La fiscalité des cryptomonnaies en France est claire depuis 2019, mais elle a encore évolué en 2026 avec une hausse de la flat tax et l’arrivée de nouvelles obligations de déclaration. Ce guide vous explique tout ce que vous devez savoir pour rester en règle avec l’administration fiscale.
La flat tax à 31,4% : comment fonctionne l’imposition des gains Bitcoin
En France, les gains réalisés sur Bitcoin sont imposés via le Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU), appelé flat tax. Depuis le 1er janvier 2026, ce taux est passé à 31,4%, contre 30% auparavant.
Composition de la flat tax
Les 31,4% se décomposent en deux parts :
- 12,8% d’impôt sur le revenu
- 18,6% de prélèvements sociaux (CSG, CRDS, contribution solidarité)
Cette hausse de 1,4 point fait suite à l’augmentation de la CSG de 9,2% à 10,6%, adoptée dans la loi de financement de la sécurité sociale 2026. Cette mesure touche tous les revenus du capital, pas uniquement les cryptomonnaies.
IMPORTANT
La flat tax s’applique uniquement sur la plus-value réalisée, pas sur le montant total de la vente. Si vous vendez 10 000 EUR de Bitcoin achetés 7 000 EUR, vous payez 31,4% sur 3 000 EUR de gain, soit 942 EUR d’impôt.
Quand paie-t-on l’impôt sur les gains Bitcoin ?
L’impôt devient exigible uniquement lors d’une cession. Une cession, c’est :
- La vente de Bitcoin contre de l’euro (ou toute autre monnaie ayant cours légal)
- L’achat de biens ou services avec du Bitcoin
- Le don de Bitcoin à une personne physique ou morale
Les opérations non imposables :
- Conserver vos Bitcoin sur un wallet ou une plateforme
- Transférer vos Bitcoin entre vos propres wallets
- Échanger du Bitcoin contre une autre cryptomonnaie (Ethereum, Solana, etc.)
Ce dernier point est fondamental : les swaps crypto-crypto ne déclenchent pas d’imposition en France. Vous pouvez échanger librement entre différentes cryptomonnaies sans payer d’impôt. L’imposition intervient seulement quand vous revenez vers une monnaie fiduciaire.
TIP
Pour reporter l’imposition, gardez vos gains en cryptomonnaies. Vous ne paierez des impôts que lorsque vous convertirez en euros pour retirer vos fonds.
Le seuil d’exonération de 305 EUR
Si le montant total de vos cessions d’actifs numériques dans l’année n’excède pas 305 EUR, vous êtes totalement exonéré d’impôt. Vous n’avez même pas à remplir le formulaire de déclaration 2086.
Attention : ce seuil porte sur le montant brut des ventes, pas sur la plus-value. Si vous vendez pour 400 EUR de Bitcoin avec une plus-value de 50 EUR, vous dépassez le seuil et devez déclarer.
L’option pour le barème progressif
Si votre taux marginal d’imposition (TMI) est inférieur à 12,8%, vous pouvez opter pour une imposition au barème progressif de l’impôt sur le revenu au lieu de la flat tax.
Les tranches 2026 :
| Revenu imposable | Taux |
|---|---|
| Jusqu’à 11 294 EUR | 0% |
| De 11 295 EUR à 28 797 EUR | 11% |
| De 28 798 EUR à 82 341 EUR | 30% |
| De 82 342 EUR à 177 106 EUR | 41% |
| Au-delà de 177 106 EUR | 45% |
Cette option peut être intéressante si vous avez de faibles revenus, mais elle s’applique à tous vos revenus du capital (dividendes, intérêts, etc.), pas seulement aux cryptomonnaies. Les prélèvements sociaux de 18,6% restent dus dans tous les cas.
NOTE
L’option pour le barème progressif se fait lors de votre déclaration annuelle de revenus. Elle ne peut pas être exercée uniquement pour une catégorie de revenus.
La méthode PAMP : calculer sa plus-value Bitcoin étape par étape
Le calcul de la plus-value suit une méthode précise appelée PAMP (Prix d’Acquisition Moyen Pondéré). Cette méthode est obligatoire et s’applique à l’ensemble de votre portefeuille d’actifs numériques.
Le principe du portefeuille global
L’administration fiscale considère tous vos actifs numériques (Bitcoin, Ethereum, etc.) comme un seul et même portefeuille global. Chaque achat fait monter ou descendre le prix moyen d’acquisition. Chaque vente réduit la quantité détenue, mais le prix moyen reste calculé sur l’ensemble.
Exemple complet de calcul PAMP
Prenons un cas concret sur l’année 2026 :
Opération 1 - Janvier : Achat de 0,5 BTC à 40 000 EUR/BTC
- Montant investi : 20 000 EUR
- Portefeuille : 0,5 BTC
- Prix moyen : 40 000 EUR/BTC
Opération 2 - Mars : Achat de 0,3 BTC à 50 000 EUR/BTC
- Montant investi : 15 000 EUR
- Portefeuille : 0,8 BTC pour 35 000 EUR
- Nouveau prix moyen : 35 000 / 0,8 = 43 750 EUR/BTC
Opération 3 - Juin : Vente de 0,4 BTC à 60 000 EUR/BTC
- Prix de cession : 24 000 EUR
- Prix d’acquisition : 0,4 × 43 750 = 17 500 EUR
- Plus-value brute : 24 000 - 17 500 = 6 500 EUR
- Impôt dû : 6 500 × 31,4% = 2 041 EUR
Après cette vente, il vous reste 0,4 BTC dans votre portefeuille avec un prix moyen qui reste à 43 750 EUR/BTC.
Opération 4 - Septembre : Achat de 0,2 BTC à 55 000 EUR/BTC
- Montant investi : 11 000 EUR
- Montant déjà investi restant : 0,4 × 43 750 = 17 500 EUR
- Portefeuille : 0,6 BTC pour 28 500 EUR
- Nouveau prix moyen : 28 500 / 0,6 = 47 500 EUR/BTC
WARNING
Vous ne pouvez pas choisir arbitrairement quels Bitcoin vous vendez (méthode FIFO ou LIFO). Le prix moyen pondéré s’applique obligatoirement à tout votre portefeuille.
Les frais déductibles
Les frais d’acquisition et de cession peuvent être déduits de votre plus-value :
- Frais de transaction sur les plateformes (trading fees)
- Frais de dépôt et de retrait
- Frais de conversion entre cryptomonnaies
Ces frais viennent augmenter votre prix d’acquisition et donc réduire votre plus-value imposable. Conservez tous vos justificatifs.
Les outils de calcul automatique
Le calcul manuel devient vite complexe avec de nombreuses transactions. Des logiciels spécialisés peuvent automatiser ce travail :
- Waltio : solution française, génère le formulaire 2086
- Divly : interface simple, intégration avec les plateformes
- Koinly : solution internationale, support de nombreux exchanges
Ces outils se connectent à vos comptes via API et calculent automatiquement votre PAMP et votre impôt dû. Comptez entre 50 et 200 EUR par an selon le volume de transactions.
Le formulaire 2086 : déclarer ses plus-values de cession
Si vous avez réalisé des cessions d’actifs numériques au-delà du seuil de 305 EUR, vous devez remplir le formulaire 2086 (Cerfa n°15269*02) et le joindre à votre déclaration de revenus.
Les informations à fournir
Le formulaire 2086 demande :
- Le montant total des cessions (ventes) de l’année
- Le prix total d’acquisition correspondant (selon la méthode PAMP)
- La plus-value ou moins-value réalisée
- Les moins-values des années antérieures à imputer
Le calendrier déclaratif
La déclaration se fait en même temps que votre déclaration de revenus annuelle :
- Avril-mai de l’année N+1 : déclaration papier ou en ligne
- Septembre de l’année N+1 : avis d’imposition et paiement
Par exemple, pour vos cessions de 2026, vous déclarez en avril-mai 2027 et payez en septembre 2027.
Les moins-values
Si vous réalisez une moins-value (vente à perte), elle peut être imputée sur vos plus-values de la même année. Si vos moins-values dépassent vos plus-values, l’excédent peut être reporté sur les 10 années suivantes.
TIP
Conservez vos formulaires 2086 des années précédentes pour tracer vos moins-values reportables et les imputer sur vos futures plus-values.
Le formulaire 3916-bis : déclarer ses comptes crypto à l’étranger
Si vous détenez des actifs numériques sur une plateforme située hors de France (Binance, Kraken, Coinbase, Bitpanda, etc.), vous devez obligatoirement déclarer ces comptes chaque année, même sans transaction.
Qui est concerné ?
L’obligation concerne tous les comptes ouverts, détenus, utilisés ou clos à l’étranger au cours de l’année fiscale. Cela inclut :
- Les plateformes d’échange étrangères
- Les services de custody (garde de cryptomonnaies)
- Les comptes fermés en cours d’année
Ne sont pas concernés :
- Les wallets matériels (Ledger, Trezor) dont vous détenez les clés privées
- Les wallets logiciels non custodial (Exodus, Electrum, MetaMask)
- Les plateformes françaises (Coinhouse, Paymium)
La distinction tient au fait que seuls les comptes où un tiers détient vos actifs (custody) doivent être déclarés. Si vous contrôlez vos clés privées, vous n’avez pas de compte à déclarer.
Comment remplir le 3916-bis
Le formulaire 3916-bis (Cerfa n°16010*03) demande pour chaque compte :
- Désignation : “Compte d’actifs numériques”
- Nom de la plateforme
- Adresse du siège social
- Pays d’implantation
- Numéro de compte ou identifiant client
- Dates d’ouverture et de fermeture (si applicable)
Vous devez remplir un formulaire par plateforme. Si vous utilisez Binance, Kraken et Coinbase, vous devez joindre 3 formulaires 3916-bis à votre déclaration.
Les sanctions pour non-déclaration
Ne pas déclarer un compte étranger expose à une amende forfaitaire de 1 500 EUR par compte non déclaré. Cette amende est doublée à 3 000 EUR si le compte est détenu dans un État ou territoire non coopératif (ETNC).
Si la valeur du compte a dépassé 50 000 EUR à un moment de l’année, l’amende est portée à 10 000 EUR par compte.
CAUTION
Même un compte vide ou inactif doit être déclaré. L’obligation porte sur l’existence du compte, pas sur son solde ou son activité. Un oubli coûte cher.
La directive DAC8 : la fin de l’anonymat fiscal
Depuis le 1er janvier 2026, la directive européenne DAC8 (Directive on Administrative Cooperation) oblige les plateformes crypto à transmettre automatiquement les données de leurs utilisateurs aux administrations fiscales des États membres.
Que déclarent les plateformes ?
Les exchanges doivent communiquer chaque année aux autorités fiscales :
- L’identité complète de leurs utilisateurs (nom, prénom, date de naissance, adresse, pays de résidence fiscale)
- Le montant total des transactions (achats et ventes)
- Les plus-values ou moins-values réalisées
- Les actifs détenus en fin d’année
Ces informations sont transmises automatiquement, sans action de votre part. L’administration fiscale française reçoit directement les données de vos comptes crypto à l’étranger.
L’échange automatique d’informations
DAC8 s’inscrit dans le cadre du CARF (Crypto-Asset Reporting Framework) développé par l’OCDE. Ce standard mondial d’échange automatique d’informations concerne 48 pays dans le monde, dont tous les pays de l’Union européenne, les États-Unis, le Royaume-Uni, la Suisse, etc.
Concrètement, si vous êtes résident fiscal français et que vous avez un compte sur Binance (plateforme maltaise), Binance transmet vos données à l’administration fiscale française. Vous ne pouvez plus compter sur l’absence de remontée d’information.
Les implications pratiques
Cette transparence change la donne :
- Les contrôles fiscaux seront facilités (l’administration dispose déjà des données)
- Les risques de redressement augmentent en cas de non-déclaration
- Les oublis de déclaration deviendront plus facilement détectables
IMPORTANT
Déclarez systématiquement tous vos comptes et transactions. L’administration fiscale reçoit déjà les informations des plateformes et peut les croiser avec vos déclarations.
Les cas particuliers : donations, successions, staking
Les donations de Bitcoin
Si vous donnez du Bitcoin à un proche, vous devez respecter les règles fiscales sur les donations :
- Jusqu’à 100 000 EUR tous les 15 ans : exonération totale entre parents et enfants
- Jusqu’à 31 865 EUR tous les 15 ans : exonération entre grands-parents et petits-enfants
- Jusqu’à 80 724 EUR tous les 15 ans : exonération entre époux ou partenaires de PACS
Au-delà de ces montants, des droits de donation s’appliquent selon un barème progressif (de 5% à 45%).
La donation doit être déclarée via le formulaire 2735 (don manuel). La valorisation se fait au cours du Bitcoin au jour de la donation.
Les successions
En cas de décès, les Bitcoin font partie de l’actif successoral et sont soumis aux droits de succession classiques. La valorisation se fait au cours du jour du décès.
Les héritiers doivent déclarer l’existence des actifs numériques dans la déclaration de succession. Sans accès aux clés privées ou aux comptes, les Bitcoin peuvent être définitivement perdus.
Bonnes pratiques :
- Documentez l’existence de vos actifs crypto
- Organisez l’accès sécurisé à vos seed phrases
- Informez une personne de confiance (notaire, conjoint)
- Envisagez une donation de votre vivant pour profiter des abattements
Le staking et le minage
La fiscalité du staking et du minage reste moins claire que celle des plus-values de cession. Selon la doctrine actuelle de l’administration fiscale :
- Les récompenses de staking sont imposables en BNC (Bénéfices Non Commerciaux) dès leur réception
- Les revenus de minage sont également imposables en BNC
L’imposition se fait au barème progressif de l’impôt sur le revenu (jusqu’à 45%) + prélèvements sociaux (18,6%), soit un taux marginal maximal de 63,6%.
Cette interprétation est contestée par certains fiscalistes qui estiment que seule la cession ultérieure devrait être imposable. En attendant une clarification officielle, la prudence recommande de déclarer les rewards dès leur réception.
Comparaison avec les fiscalités européennes
La France se situe dans la moyenne haute de la fiscalité crypto en Europe. Voici comment se positionnent nos voisins :
| Pays | Taux d’imposition | Particularités |
|---|---|---|
| France | 31,4% | Flat tax sur plus-values |
| Allemagne | 0% après 1 an de détention | 25% si vente avant 1 an |
| Portugal | 0% pour particuliers | 28% pour professionnels |
| Belgique | 0% si gestion normale | 33% si spéculation |
| Espagne | 19% à 26% | Barème progressif |
| Italie | 26% | Seuil d’exonération à 2 000 EUR |
| Suisse | 0% sur plus-values | Impôt sur la fortune |
L’Allemagne et le Portugal offrent les régimes les plus favorables pour les investisseurs de long terme. La France reste cependant plus avantageuse que le Royaume-Uni (20% à 40%) ou les États-Unis (15% à 37% selon les cas).
NOTE
Changer de résidence fiscale pour optimiser sa fiscalité crypto nécessite une installation réelle et durable dans le pays cible. Un simple déménagement administratif sans présence effective n’est pas reconnu par l’administration fiscale.
Les erreurs fiscales à éviter absolument
Erreur 1 : Ne pas déclarer ses comptes étrangers
C’est l’erreur la plus courante. Beaucoup d’investisseurs ne remplissent pas le formulaire 3916-bis, soit par ignorance, soit par oubli. Les amendes sont automatiques et peuvent vite atteindre plusieurs milliers d’euros.
Erreur 2 : Oublier les petites transactions
Plusieurs petites ventes dans l’année peuvent dépasser le seuil de 305 EUR sans que vous vous en rendiez compte. Suivez le cumul de vos cessions tout au long de l’année.
Erreur 3 : Mal calculer le prix d’acquisition
Certains investisseurs calculent leur plus-value en mode FIFO (premier entré, premier sorti) ou LIFO (dernier entré, premier sorti). En France, seule la méthode PAMP est valable. Un mauvais calcul expose à un redressement.
Erreur 4 : Ne pas conserver les justificatifs
En cas de contrôle fiscal, vous devez pouvoir justifier :
- Vos prix d’achat (historique des ordres, relevés bancaires)
- Vos prix de vente (confirmations de transaction)
- Vos frais (relevés de la plateforme)
- Votre calcul de PAMP
Conservez tous ces documents pendant au moins 3 ans après la déclaration.
Erreur 5 : Penser que les swaps sont non imposables à vie
Les échanges crypto-crypto ne sont pas imposables au moment où vous les réalisez, mais toute la plus-value cumulée devient imposable dès que vous revenez en euro. Si vous avez transformé 1 000 EUR en 10 000 EUR via plusieurs swaps, vous devrez payer 31,4% sur 9 000 EUR quand vous vendrez.
Récapitulatif : votre checklist fiscale Bitcoin
Chaque année, vous devez :
- Remplir le formulaire 3916-bis pour chaque compte détenu à l’étranger (avant mai)
- Calculer vos plus-values selon la méthode PAMP si vous avez vendu
- Remplir le formulaire 2086 si vos cessions dépassent 305 EUR
- Joindre ces formulaires à votre déclaration de revenus (avril-mai)
- Payer l’impôt dû en septembre
Documents à conserver :
- Historique complet des transactions (achats, ventes, swaps)
- Justificatifs bancaires des virements
- Relevés de compte des plateformes
- Calculs de PAMP et formulaires 2086 des années précédentes (pour le report de moins-values)
Outils recommandés :
- Un logiciel de suivi fiscal (Waltio, Divly, Koinly)
- Un tableur de suivi des transactions
- Un dossier numérique pour tous les justificatifs
La fiscalité Bitcoin en France n’est pas plus complexe que celle des autres placements financiers, mais elle exige de la rigueur et de l’anticipation. En respectant ces obligations déclaratives, vous investissez sereinement et en toute légalité.