Qu’est-ce que MultiversX ?
MultiversX est une blockchain de couche 1 lancée en juillet 2020 sous le nom d’Elrond. Le projet a été créé en 2017 à Bucarest, en Roumanie, par trois cofondateurs : Beniamin Mincu (CEO), son frère Lucian Mincu (CTO) et Lucian Todea, un entrepreneur tech roumain connu pour avoir fondé Soft32 et investi dans des startups comme TypingDNA.
Beniamin Mincu n’est pas un inconnu dans l’écosystème crypto. Il a travaillé sur le marketing et la communauté de NEM entre 2014 et 2015, puis a cofondé MetaChain Capital, un fonds d’investissement en actifs numériques. Il a aussi été investisseur précoce dans Zilliqa, Tezos, Brave et Binance - un parcours qui lui a donné une vision claire des limites des blockchains de première génération.
En juin 2019, Elrond a levé 1,9 million de dollars lors d’un tour privé, puis 3,25 millions via une IEO (Initial Exchange Offering) sur Binance Launchpad, en échange de 25% du supply total de tokens. Le mainnet a été lancé en juillet 2020, avec un swap du token ERD (sur Ethereum et BNB Chain) vers EGLD, le token natif du réseau.
En novembre 2022, le projet a changé de nom pour devenir MultiversX, avec l’ambition affichée de s’étendre au-delà de la simple blockchain vers le metaverse et le Web3 au sens large. Ce rebrand s’est accompagné de l’annonce de trois nouveaux produits : xPortal, xFabric et xWorlds.
NOTE
Le nom “eGold” (EGLD) fait référence à l’or numérique. Le supply maximum initial était fixé à 31 415 926 EGLD - un clin d’oeil au nombre pi (3,14159…). Environ 93% de ce supply est déjà en circulation, avec 29,3 millions d’EGLD distribués.
Comment fonctionne MultiversX ?
Adaptive State Sharding : le coeur du système
Le sharding est la technique qui définit MultiversX. L’idée : diviser la blockchain en plusieurs fragments (shards) qui traitent les transactions en parallèle, plutôt que de tout faire passer par une seule chaîne.
MultiversX utilise l’Adaptive State Sharding, qui combine trois types de sharding en un seul mécanisme :
- Sharding d’état : les données de la blockchain (comptes, balances, smart contracts) sont réparties entre les différents shards. Chaque shard ne stocke qu’une fraction de l’état global.
- Sharding de transactions : les transactions sont distribuées et traitées en parallèle par les shards concernés.
- Sharding réseau : les noeuds du réseau sont répartis entre les shards, ce qui réduit les besoins en communication.
Le caractère “adaptatif” signifie que le nombre de shards s’ajuste automatiquement à la demande. Quand l’activité augmente, le réseau peut créer de nouveaux shards. Quand elle diminue, il peut les fusionner. Le réseau fonctionne actuellement avec 3 shards d’exécution plus un Metachain (shard de coordination), mais cette architecture peut s’étendre.
graph TD
A["Transactions entrantes"] --> B["Metachain : coordination"]
B --> C["Shard 0"]
B --> D["Shard 1"]
B --> E["Shard 2"]
C --> F["Traitement parallèle"]
D --> F
E --> F
F --> G["Finalité : 6 secondes"]
style A fill:#141D30,stroke:#F59E0B,color:#F1F5F9
style B fill:#1A2540,stroke:#8B5CF6,color:#F1F5F9
style C fill:#141D30,stroke:#8B5CF6,color:#F1F5F9
style D fill:#141D30,stroke:#8B5CF6,color:#F1F5F9
style E fill:#141D30,stroke:#8B5CF6,color:#F1F5F9
style F fill:#0E1525,stroke:#94A3B8,color:#94A3B8
style G fill:#141D30,stroke:#F59E0B,color:#F1F5F9
Un mécanisme de sécurité important : toutes les 24 heures (une “époque”), un tiers des validateurs de chaque shard sont redistribués aléatoirement vers d’autres shards. Cette rotation empêche la collusion entre validateurs au sein d’un même shard.
Secure Proof of Stake (SPoS)
Le consensus de MultiversX s’appelle Secure Proof of Stake (SPoS). Il se distingue des autres variantes de PoS par la vitesse de sélection des validateurs.
Le processus : à chaque round, un groupe de consensus est sélectionné de manière déterministe à partir d’une source d’aléatoire. La sélection prend en compte deux critères - le stake du validateur et sa notation (rating), qui reflète sa disponibilité et son historique. Ce mécanisme prend environ 100 millisecondes, contre plusieurs secondes sur d’autres blockchains PoS.
Le bloc est signé en deux étapes de communication seulement, via des multi-signatures BLS (Boneh-Lynn-Shacham) modifiées. Le résultat : des blocs toutes les 6 secondes et une finalité quasi-immédiate.
TIP
Pour devenir validateur sur MultiversX, il faut staker 2 500 EGLD. Le staking par délégation permet de participer avec un montant bien plus faible - à partir de 1 EGLD - via des fournisseurs de staking comme xPortal ou des services tiers. Le rendement tourne autour de 6-7% par an.
Performances techniques
| Métrique | Valeur |
|---|---|
| Débit théorique | 30 000+ TPS (avec 3 shards) |
| Débit maximal scalable | 100 000+ TPS (shards supplémentaires) |
| Temps de bloc | 6 secondes |
| Frais moyens | ~0,002 USD par transaction |
| Validateurs actifs | ~3 200 |
| Finalité | ~6 secondes |
| Comptes créés | 9,14 millions+ |
| Transactions traitées | 573 millions+ |
Smart contracts et développement
Les smart contracts sur MultiversX sont écrits principalement en Rust, via le framework MultiversX SDK. Le réseau utilise sa propre machine virtuelle, la Arwen WASM VM (renommée depuis en MultiversX VM), qui exécute du WebAssembly. Ce choix technique permet des performances d’exécution supérieures à l’EVM d’Ethereum et ouvre la porte à d’autres langages qui compilent vers WASM (C, C++).
La blockchain supporte aussi les ESDT (eStandard Digital Tokens), un standard natif pour créer des tokens fongibles et non fongibles directement sur la couche protocole, sans déployer de smart contract. Les transferts d’ESDT coûtent le même prix qu’un simple transfert d’EGLD, ce qui rend la création de tokens très accessible.
L’écosystème MultiversX
xPortal : la super-app
xPortal est le produit phare de l’écosystème post-rebrand. Lancé en remplacement de l’ancien wallet Maiar, xPortal se veut une “super-app” qui combine :
- Portefeuille crypto : gestion d’EGLD, tokens ESDT, NFTs
- Staking intégré : délégation en quelques clics
- Carte de débit : dépense de crypto chez les commerçants (en partenariat avec des fournisseurs de cartes)
- Identité numérique : système d’avatars et de profils liés à la blockchain
L’application revendique plus de 2,5 millions d’utilisateurs. L’interface est soignée et l’onboarding simple, ce qui en fait l’un des portefeuilles les plus accessibles pour les débutants. Mais le nombre d’utilisateurs actifs quotidiens reste bien inférieur au total de comptes créés.
WARNING
Les chiffres d’adoption communiqués par MultiversX (9 millions de comptes, 2,5 millions d’utilisateurs xPortal) méritent d’être nuancés. Un compte créé ne signifie pas un utilisateur actif. Comparez avec les transactions quotidiennes réelles et les adresses actives pour évaluer l’usage concret du réseau.
xFabric et xWorlds
xFabric est un outil d’infrastructure blockchain destiné aux entreprises. L’objectif : permettre à des sociétés de déployer des cas d’usage blockchain (fidélité, supply chain, tokenisation d’actifs) sans avoir à gérer les aspects techniques de la blockchain. Le concept ressemble au “blockchain-as-a-service” proposé par d’autres projets.
xWorlds vise la création de mondes virtuels (metaverse) sur l’infrastructure MultiversX. Le projet ambitionne de devenir la couche blockchain pour les expériences metaverse, avec gestion des actifs numériques (terrains, objets, identités).
Ces deux produits restent à un stade précoce. Les annonces datent du rebrand de fin 2022, et le déploiement concret est encore limité. L’écart entre la vision affichée et la réalité du terrain constitue l’un des points de vigilance pour les investisseurs.
graph LR
A["MultiversX Protocol"] --> B["xPortal : super-app"]
A --> C["xFabric : BaaS entreprises"]
A --> D["xWorlds : métaverse"]
B --> E["Wallet + Staking"]
B --> F["Carte de débit"]
C --> G["Tokenisation RWA"]
D --> H["Mondes virtuels"]
style A fill:#1A2540,stroke:#8B5CF6,color:#F1F5F9
style B fill:#141D30,stroke:#F59E0B,color:#F1F5F9
style C fill:#141D30,stroke:#F59E0B,color:#F1F5F9
style D fill:#141D30,stroke:#F59E0B,color:#F1F5F9
style E fill:#0E1525,stroke:#94A3B8,color:#94A3B8
style F fill:#0E1525,stroke:#94A3B8,color:#94A3B8
style G fill:#0E1525,stroke:#94A3B8,color:#94A3B8
style H fill:#0E1525,stroke:#94A3B8,color:#94A3B8
DeFi et protocoles
L’écosystème DeFi de MultiversX est fonctionnel mais modeste comparé aux géants (Ethereum, Solana, BSC). Les principaux protocoles :
- Hatom : protocole de lending/borrowing, principal contributeur au TVL du réseau
- Ashswap : DEX (échange décentralisé) avec une approche concentrated liquidity
- xExchange (ex-Maiar Exchange) : le DEX historique de l’écosystème, géré par la fondation
- ArtCPAclub et ESDT.com : marketplaces NFT
Le TVL (Total Value Locked) du réseau oscille entre 100 et 200 millions de dollars, loin des milliards d’Ethereum ou de Solana. Cette taille réduite limite la liquidité et l’attractivité pour les gros acteurs DeFi.
Tokenomics d’EGLD
EGLD sert de carburant pour l’ensemble du réseau :
- Frais de transaction : chaque opération sur la blockchain coûte une fraction d’EGLD
- Staking : les validateurs et délégateurs stakent de l’EGLD pour sécuriser le réseau et recevoir des récompenses
- Gouvernance : les détenteurs d’EGLD participent aux décisions du protocole
Le supply maximum était fixé à 31 415 926 EGLD, avec un taux d’émission décroissant. Environ 49% du supply en circulation est staké, ce qui réduit la pression vendeuse et soutient la sécurité du réseau.
Un point de controverse a surgi fin 2025 : une proposition de la fondation visant à remplacer le plafond fixe par une inflation contrôlée d’environ 9,47% par an pour financer l’écosystème. Le fonds CyberCapital a critiqué cette initiative, alertant sur la dilution potentielle pour les détenteurs existants et la pression vendeuse liée aux récompenses de validateurs. Ce débat autour des tokenomics est à suivre de près.
CAUTION
La proposition de suppression du plafond de supply d’EGLD (31,4 millions) au profit d’une inflation annuelle de ~9,5% est un changement majeur des règles du jeu. Si vous investissez dans EGLD, surveillez l’évolution de cette proposition et son impact sur les tokenomics à long terme.
Points forts de MultiversX
Architecture technique solide. L’Adaptive State Sharding est une approche élégante au problème de scalabilité. La capacité à ajouter des shards selon la demande donne au réseau une marge de croissance théorique importante, avec un débit qui peut dépasser 100 000 TPS.
Equipe européenne ancrée. Avec son siège à Bucarest et ses liens avec l’écosystème tech roumain, MultiversX apporte une alternative aux projets américains et asiatiques qui dominent le secteur. L’ancrage européen facilite aussi la conformité aux réglementations MiCA.
Frais quasi-nuls. A environ 0,002 dollar par transaction, MultiversX est l’une des blockchains les moins chères du marché. Pour les micro-transactions et les cas d’usage à fort volume, c’est un avantage concret.
xPortal comme porte d’entrée. L’application offre une expérience utilisateur supérieure à la moyenne des wallets crypto. L’onboarding est fluide, l’interface claire et les fonctions de staking accessibles en quelques taps.
Communauté engagée. MultiversX bénéficie d’une communauté active, en particulier en Roumanie et dans les pays francophones. Le projet organise régulièrement des événements et hackathons.
Points faibles de MultiversX
Ecosystème DeFi limité. Avec un TVL entre 100 et 200 millions de dollars, MultiversX est loin derrière Ethereum (50+ milliards), Solana (8+ milliards) ou même Avalanche. La faible liquidité rend les grandes opérations coûteuses en slippage et dissuade les institutionnels.
Vision metaverse incertaine. Le rebrand vers MultiversX en 2022 s’est fait au moment où le “metaverse” était un buzzword porté par Meta (Facebook). Deux ans plus tard, l’engouement metaverse a largement refroidi. xWorlds et xFabric restent des promesses avec peu de livrables concrets.
Capitalisation en baisse. EGLD a touché un plus haut historique au-dessus de 500 dollars en novembre 2021, pour chuter sous les 30 dollars en 2023. La capitalisation actuelle (autour de 150 millions de dollars en circulation) place MultiversX loin du top 50. Cette baisse reflète un manque de traction par rapport aux concurrents.
Concentration du développement. Une part significative de l’écosystème (xExchange, xPortal, xLaunchpad) est développée ou pilotée par la fondation MultiversX elle-même. Cette centralisation du développement crée une dépendance forte envers l’équipe fondatrice.
Controverse sur le supply. La proposition d’abandonner le plafond d’EGLD pour une inflation permanente a entamé la confiance d’une partie de la communauté. Modifier les règles monétaires d’un token après coup est un signal négatif pour les investisseurs qui avaient acheté en partie pour la rareté programmée.
Notre avis sur MultiversX
Notre verdict sur MultiversX est neutre. Le projet présente une base technique intéressante mais fait face à des défis d’adoption et de positionnement qui pèsent sur ses perspectives.
Sur le plan technique, l’Adaptive State Sharding et le SPoS sont des innovations réelles. Le réseau fonctionne, les frais sont bas, la finalité est rapide. MultiversX n’est pas un projet “vaporware” - la technologie est livrée et opérationnelle.
Le problème se situe du côté de l’adoption. Avec 3 200 validateurs et des millions de comptes créés, les chiffres semblent corrects en surface. Mais l’écosystème DeFi reste maigre, le TVL est modeste et le nombre de développeurs actifs est faible comparé à Ethereum, Solana ou même des chaînes plus récentes comme Sui ou Aptos.
Le pivot vers le metaverse, matérialisé par le rebrand de 2022, n’a pas produit les résultats espérés. L’intérêt général pour le metaverse s’est érodé, et MultiversX n’a pas su capter une niche alternative suffisamment forte pour compenser.
Pour un investisseur, EGLD représente un pari sur la capacité du projet à relancer sa dynamique. Le token a perdu plus de 90% depuis son plus haut historique. Le staking offre un rendement correct (~6-7% annuel), mais la proposition de modification du supply cap ajoute une incertitude sur les tokenomics futures.
MultiversX a le mérite d’être un projet européen avec une technologie qui tient ses promesses côté performance. Mais dans un marché où la concurrence s’intensifie entre L1 et L2, le projet doit prouver qu’il peut attirer des développeurs et des utilisateurs au-delà de sa communauté existante.
IMPORTANT
MultiversX est un projet à risque élevé. La chute de plus de 90% depuis le sommet de 2021, le TVL DeFi limité et les incertitudes sur les tokenomics en font un investissement spéculatif. N’allouez qu’une très faible part de votre portefeuille et uniquement si vous comprenez les risques spécifiques du projet.
FAQ
MultiversX est-il un bon investissement en 2026 ?
EGLD est un token à haut risque. La capitalisation a fortement baissé depuis le pic de 2021 (plus de 90% de chute). Le projet dispose d’une technologie fonctionnelle et d’une communauté active, mais l’écosystème DeFi reste modeste et la concurrence avec des L1 comme Solana, Avalanche ou Sui est intense. Le rendement de staking (~6-7% annuel) compense partiellement la détention, mais ne protège pas contre une baisse continue du cours. N’investissez que ce que vous pouvez perdre.
Quelle est la différence entre Elrond et MultiversX ?
C’est le même projet. Elrond a été rebaptisé MultiversX en novembre 2022 pour refléter son pivot stratégique vers le metaverse et le Web3. La technologie sous-jacente (Adaptive State Sharding, Secure Proof of Stake) reste identique. Le token EGLD n’a pas changé. L’application Maiar a été renommée xPortal, et l’échange Maiar Exchange est devenu xExchange.
Comment staker ses EGLD ?
Le moyen le plus simple est d’utiliser xPortal, l’application mobile officielle de MultiversX. Après avoir acheté des EGLD sur une plateforme d’échange (Binance, Kraken, Coinbase), transférez-les vers votre wallet xPortal puis sélectionnez un fournisseur de staking dans l’application. Le minimum pour déléguer est de 1 EGLD. Le rendement tourne autour de 6-7% par an. Pour lancer votre propre noeud validateur, il faut staker 2 500 EGLD.
Qu’est-ce que le sharding adaptatif de MultiversX ?
L’Adaptive State Sharding divise la blockchain en plusieurs fragments (shards) qui traitent les transactions en parallèle. Il combine trois types de sharding (état, transactions, réseau) et ajuste automatiquement le nombre de shards selon la charge du réseau. MultiversX utilise actuellement 3 shards d’exécution plus un Metachain de coordination. En théorie, le réseau peut ajouter des shards pour dépasser les 100 000 transactions par seconde.
Où acheter de l’EGLD en France ?
EGLD est disponible sur les principales plateformes accessibles en France : Binance, Kraken, Coinbase, Bitpanda et OKX. Certaines de ces plateformes sont enregistrées PSAN (Prestataire de Services sur Actifs Numériques) auprès de l’AMF. Les frais d’achat varient de 0,1% à 2,5% selon la plateforme et le mode de paiement. Après l’achat, transférez vos EGLD vers un wallet personnel (xPortal ou un hardware wallet) pour garder le contrôle de vos clés privées.