Qu’est-ce que The Graph ?
The Graph est un protocole d’indexation décentralisé conçu pour organiser et rendre accessibles les données stockées sur les blockchains. Son surnom - “le Google des blockchains” - résume bien son rôle : il permet aux développeurs de chercher et d’extraire des informations spécifiques depuis Ethereum, Arbitrum, Polygon, Avalanche, Base et d’autres réseaux, sans avoir à parcourir manuellement des millions de blocs.
Le projet a été fondé en 2018 par Yaniv Tal, Brandon Ramirez et Jannis Pohlmann. Leur constat était simple : les blockchains stockent des quantités massives de données (transactions, états de smart contracts, événements), mais interroger ces données directement est lent, coûteux et techniquement pénible. The Graph résout ce problème en créant une couche d’indexation standardisée, un peu comme les moteurs de recherche indexent les pages web pour les rendre trouvables en quelques millisecondes.
Le token natif du protocole, le GRT, sert à coordonner le travail des différents acteurs du réseau : les indexeurs qui traitent les requêtes, les curateurs qui signalent les données utiles, et les délégataires qui apportent du capital en staking. En février 2026, la capitalisation de GRT se situe autour de 290 millions de dollars, avec un cours aux alentours de 0,027 USD - loin de son sommet historique de 2,87 USD atteint en février 2021.
Comment fonctionne The Graph ?
Les subgraphs : des API ouvertes pour la blockchain
La brique de base de The Graph est le subgraph. Un subgraph est une définition ouverte qui indique quelles données extraire d’une blockchain et comment les organiser. Concrètement, un développeur écrit un schéma (en GraphQL) qui décrit les entités qu’il veut indexer - par exemple “tous les swaps sur Uniswap v3 avec leur montant, leur paire et leur horodatage”. Le réseau indexe ensuite ces données et les rend accessibles via une API.
Plus de 1 000 subgraphs actifs sont déployés sur le réseau décentralisé. Des protocoles comme Uniswap, Aave, Compound, Synthetix, Decentraland ou Livepeer s’appuient sur The Graph pour alimenter leurs interfaces utilisateur. Quand vous consultez l’historique de vos positions sur Aave ou la liste des pools de liquidité sur Uniswap, il y a de fortes chances que les données transitent par un subgraph.
NOTE
Avant The Graph, chaque application décentralisée devait construire et maintenir son propre serveur d’indexation. C’était coûteux, centralisé et peu fiable. Les subgraphs mutualisent ce travail et le rendent accessible à tous les développeurs.
Les acteurs du réseau
Le protocole repose sur quatre rôles distincts, chacun incentivé par le token GRT :
- Les indexeurs opèrent des noeuds qui traitent les requêtes des subgraphs. Ils stakent du GRT comme garantie (minimum 100 000 GRT) et reçoivent des récompenses de protocole et des frais de requête en retour. En 2026, le réseau compte plusieurs centaines d’indexeurs actifs.
- Les curateurs signalent les subgraphs de qualité en y déposant du GRT. C’est un mécanisme de découverte : plus un subgraph reçoit de signal, plus les indexeurs sont incités à le traiter. Les curateurs touchent une part des frais générés par les subgraphs qu’ils ont identifiés tôt.
- Les délégataires mettent en jeu leur GRT en le déléguant à un indexeur, sans avoir à gérer l’infrastructure technique. Ils partagent les récompenses de l’indexeur, moins une commission.
- Les développeurs créent et publient des subgraphs. Ils paient des frais de requête en GRT pour accéder aux données indexées.
Du service hébergé au réseau décentralisé
À ses débuts, The Graph fonctionnait via un “hosted service” centralisé, géré par l’équipe fondatrice. Les développeurs pouvaient créer et utiliser des subgraphs gratuitement, mais toute l’infrastructure dépendait d’un seul opérateur. À partir de 2022, le projet a entamé une migration progressive vers le réseau décentralisé, où les indexeurs indépendants prennent le relais.
Ce passage a été long et parfois difficile. Certains développeurs ont traîné à migrer parce que le service hébergé était gratuit et fiable. Le hosted service a finalement été fermé en 2024, forçant les derniers utilisateurs à basculer vers le réseau décentralisé ou à trouver des alternatives.
IMPORTANT
La fermeture du hosted service en 2024 a été un moment clé. Elle a forcé l’écosystème à utiliser le réseau décentralisé, seul moyen de valider que le modèle économique de GRT tient la route en conditions réelles.
Le modèle économique : frais de requête et récompenses
Le réseau génère des revenus de deux manières : les frais de requête payés par les développeurs qui interrogent les subgraphs, et les récompenses d’indexation émises par le protocole (inflation du token GRT). Le taux d’inflation annuel est fixé par la gouvernance et se situe autour de 3%.
Les frais de requête sont le nerf de la guerre. Pour que GRT ait une valeur durable, il faut que le réseau traite un volume de requêtes suffisant pour générer des revenus réels - pas seulement des récompenses inflationnistes. C’est là le défi principal du projet en 2026.
L’écosystème The Graph
Les blockchains supportées
The Graph supporte aujourd’hui une large gamme de réseaux :
| Blockchain | Type | Statut |
|---|---|---|
| Ethereum | L1 | Supporté depuis le début |
| Arbitrum | L2 Ethereum | Supporté (réseau principal de The Graph) |
| Optimism | L2 Ethereum | Supporté |
| Polygon | Sidechain/L2 | Supporté |
| Avalanche | L1 | Supporté |
| Base | L2 Ethereum | Supporté |
| Celo | L1 | Supporté |
| Gnosis Chain | L1 | Supporté |
| BNB Chain | L1 | Supporté |
Le protocole lui-même a migré ses smart contracts et sa gouvernance sur Arbitrum en 2023, pour bénéficier de frais de transaction plus bas. Les interactions de staking, de délégation et de curation se font donc sur Arbitrum, pas sur Ethereum L1.
Substreams et Firehose
Au-delà des subgraphs classiques, The Graph a développé de nouveaux outils d’indexation. Substreams est un moteur de traitement parallèle qui permet d’indexer des données blockchain à très grande vitesse - jusqu’à 100 fois plus vite qu’un subgraph classique selon l’équipe. Firehose est une couche d’extraction de données brutes qui alimente les Substreams.
Ces technologies visent à élargir le marché de The Graph au-delà des simples requêtes d’interface utilisateur. L’idée : traiter des flux massifs de données pour l’analytics, la compliance ou l’intelligence artificielle appliquée à la blockchain.
TIP
Si vous êtes développeur et que votre subgraph est trop lent, jetez un oeil aux Substreams. Ils permettent de traiter des données blockchain en parallèle et réduisent les temps de synchronisation de plusieurs heures à quelques minutes.
Concurrence et positionnement
The Graph n’est pas seul sur le marché de l’indexation blockchain. Parmi les alternatives :
- Alchemy Subgraphs : service d’indexation géré par Alchemy, plus simple à utiliser mais centralisé.
- Goldsky : indexation haute performance, positionnée sur les gros volumes.
- SubQuery : concurrent décentralisé qui cible aussi l’écosystème Polkadot et Cosmos.
- Dune Analytics : plateforme d’analytics on-chain, différente dans l’approche (requêtes SQL ad hoc vs API permanentes) mais qui répond à un besoin similaire.
La force de The Graph reste sa décentralisation et son écosystème de subgraphs existants. Plus de 1 000 subgraphs déjà déployés représentent un avantage compétitif : les développeurs peuvent réutiliser des schémas existants au lieu de tout reconstruire.
Points forts de The Graph
Un problème réel, une solution concrète. L’indexation des données blockchain est un besoin technique bien identifié. Chaque dApp a besoin de lire des données on-chain rapidement, et le faire directement depuis un noeud est inefficace. The Graph répond à ce besoin avec une infrastructure partagée et standardisée.
L’adoption par les protocoles majeurs. Uniswap, Aave, Compound, Synthetix, Decentraland - les plus gros protocoles DeFi et Web3 utilisent des subgraphs. Cette adoption donne au réseau une légitimité et un flux de requêtes réel.
La décentralisation progressive. Contrairement à beaucoup de projets crypto qui promettent la décentralisation sans jamais la livrer, The Graph a effectivement fermé son service centralisé et migré vers un réseau d’indexeurs indépendants. Le chemin a été lent, mais il a été parcouru.
Le multichain. Supporter plus d’une dizaine de blockchains positionne The Graph comme une couche d’infrastructure transversale, pas comme un outil limité à un seul réseau.
Points faibles de The Graph
Des revenus de requête encore faibles. C’est le point sensible. En 2026, les frais de requête générés par le réseau restent modestes par rapport aux récompenses d’indexation inflationnistes. Si le volume de requêtes n’augmente pas de manière significative, le modèle économique repose principalement sur l’émission de nouveaux tokens - ce qui dilue la valeur pour les détenteurs.
WARNING
Le ratio entre frais de requête réels et récompenses inflationnistes est l’indicateur à surveiller de près. Un réseau qui ne génère pas assez de revenus organiques dilue la valeur du GRT avec chaque émission de nouveaux tokens.
Le cours en forte baisse. GRT a touché un plus bas historique à 0,0231 USD en février 2026. Depuis son sommet de 2,87 USD en février 2021, le token a perdu plus de 99% de sa valeur. Cette chute reflète à la fois le marché baissier global des altcoins et des doutes sur la capacité du réseau à générer des revenus suffisants.
La concurrence des solutions centralisées. Des services comme Alchemy ou Goldsky offrent des performances supérieures avec une intégration plus simple. Pour beaucoup de développeurs, la décentralisation de l’indexation n’est pas une priorité - ils veulent juste des données rapides et fiables. Convaincre ces utilisateurs de payer plus cher pour un service décentralisé est un défi commercial réel.
La complexité du modèle de curation. Le système de curation, où les participants déposent du GRT pour signaler les subgraphs de qualité, a montré ses limites. Les curateurs se retrouvent parfois à jouer un jeu spéculatif plutôt qu’à identifier les subgraphs réellement utiles. Le mécanisme de “bonding curve” utilisé pour la curation est difficile à comprendre pour les participants non techniques.
La tokenomique inflationniste. Avec une inflation annuelle d’environ 3% et un burn de tokens encore limité, l’offre de GRT augmente chaque année. L’offre en circulation dépasse 10,7 milliards de tokens en 2026, sur un supply total de 11,5 milliards.
Notre avis sur The Graph
Notre verdict sur The Graph est neutre.
Le projet répond à un vrai problème technique : l’indexation des données blockchain est un besoin réel, et The Graph a su convaincre les plus gros protocoles DeFi d’utiliser ses subgraphs. L’infrastructure fonctionne, le réseau est décentralisé, et la couverture multichain est solide. Sur le plan technique, The Graph fait le travail.
Le problème est économique. Le GRT a perdu plus de 99% de sa valeur depuis son sommet, et les frais de requête générés par le réseau restent faibles par rapport à l’inflation du token. Le modèle “payer pour chaque requête en GRT” n’a pas encore prouvé qu’il pouvait générer des revenus suffisants pour justifier la valorisation du token à long terme.
La concurrence ne facilite pas les choses. Des solutions centralisées comme Alchemy ou Goldsky attirent des développeurs qui privilégient la simplicité et la performance à la décentralisation. The Graph doit prouver que sa version décentralisée offre un avantage suffisant - en fiabilité, en résistance à la censure ou en coût - pour justifier la complexité supplémentaire.
Les nouvelles technologies comme Substreams et l’expansion vers l’analytics et l’IA blockchain pourraient élargir le marché adressable de The Graph. Mais ces opportunités restent spéculatives en 2026 et n’ont pas encore d’impact visible sur les revenus du réseau.
Pour un investisseur, le GRT est un pari sur l’hypothèse que l’infrastructure décentralisée d’indexation deviendra un standard du Web3, avec un volume de requêtes suffisant pour rendre le token déflationnaire ou au moins stable. C’est une thèse défendable, mais les données actuelles ne la confirment pas encore.
CAUTION
GRT a perdu plus de 99% depuis son plus haut historique. Avant d’investir, vérifiez les métriques on-chain du réseau (volume de requêtes, revenus en frais, nombre d’indexeurs actifs) pour évaluer si l’adoption progresse réellement. Ne vous fiez pas au seul narratif “Google de la blockchain”.
FAQ
À quoi sert concrètement le token GRT ?
Le GRT remplit trois fonctions dans le protocole. Les indexeurs stakent du GRT comme garantie pour opérer des noeuds d’indexation. Les curateurs déposent du GRT pour signaler les subgraphs de qualité. Et les développeurs paient des frais de requête en GRT pour accéder aux données indexées. Sans GRT, le réseau ne peut pas fonctionner : c’est à la fois le mécanisme de sécurité (staking), de coordination (curation) et de paiement (requêtes).
The Graph est-il utilisé par de vrais projets ?
Oui. Uniswap, Aave, Compound, Synthetix, Decentraland et des centaines d’autres protocoles utilisent des subgraphs pour alimenter leurs interfaces. Quand vous voyez l’historique de vos trades sur Uniswap ou vos positions de prêt sur Aave, ces données proviennent probablement d’un subgraph. Plus de 1 000 subgraphs sont actifs sur le réseau décentralisé en 2026.
Peut-on staker du GRT pour gagner des récompenses ?
Oui, via la délégation. Vous n’avez pas besoin d’opérer un noeud d’indexation pour gagner des récompenses. Il suffit de déléguer vos GRT à un indexeur de votre choix via le Graph Explorer. Les rendements varient selon l’indexeur et le volume d’activité du réseau, mais se situent généralement entre 5 et 15% par an. Attention : les délégataires subissent une période de déverrouillage de 28 jours et paient une taxe de délégation de 0,5% lors du dépôt initial.
Pourquoi le cours du GRT a-t-il autant baissé ?
Plusieurs facteurs expliquent la chute. Le marché baissier des altcoins depuis 2022 a frappé GRT comme la plupart des tokens d’infrastructure. L’inflation du token (environ 3% par an) crée une pression vendeuse continue. Et les revenus de requête du réseau restent en dessous des attentes, ce qui alimente les doutes sur la capacité du modèle économique à générer de la valeur pour les détenteurs de GRT à long terme. Le token a touché son plus bas historique à 0,0231 USD en février 2026.