Qu’est-ce qu’Uniswap ?
Uniswap est une plateforme d’échange décentralisée (DEX) déployée sur Ethereum et plusieurs autres blockchains. Créé en 2018 par Hayden Adams, un ancien ingénieur mécanique de Siemens, le protocole permet d’échanger des tokens ERC-20 sans carnet d’ordres, sans inscription et sans intermédiaire centralisé.
L’idée de départ vient d’un post de Vitalik Buterin publié en 2016 sur les market makers automatiques (AMM). Adams a repris ce concept et l’a transformé en un protocole fonctionnel. La première version d’Uniswap a été déployée sur Ethereum en novembre 2018 avec un financement initial de 100 000 dollars via une bourse de la Fondation Ethereum.
Depuis, Uniswap est devenu le DEX le plus utilisé au monde. En volume cumulé, le protocole a traité plus de 3 000 milliards de dollars d’échanges depuis son lancement. Il représente régulièrement entre 50% et 65% du volume total des DEX sur Ethereum et ses réseaux de couche 2.
Le token UNI, lancé en septembre 2020 via un airdrop rétroactif mémorable (400 UNI par utilisateur ayant interagi avec le protocole), est un token de gouvernance. Il permet de voter sur les propositions d’évolution du protocole. Son supply maximum est fixé à 1 milliard de tokens, avec un calendrier de distribution étalé sur quatre ans qui s’est achevé en septembre 2024.
NOTE
L’airdrop de septembre 2020 a distribué 150 millions d’UNI à environ 250 000 adresses. Au pic du cours, ces 400 UNI gratuits valaient plus de 16 000 dollars. C’est l’un des airdrops les plus généreux de l’histoire de la DeFi.
Comment fonctionne Uniswap ?
Le modèle AMM : x * y = k
Contrairement aux plateformes centralisées comme Binance ou Coinbase qui fonctionnent avec un carnet d’ordres (des acheteurs et vendeurs qui placent des offres à différents prix), Uniswap utilise un Automated Market Maker (AMM). Le prix d’un token est déterminé par une formule mathématique, pas par la rencontre d’un acheteur et d’un vendeur.
La formule de base est simple : x * y = k, où x et y représentent les quantités de deux tokens dans un pool de liquidité, et k est une constante. Quand un utilisateur achète du token X, il en retire du pool et ajoute du token Y. Le ratio entre les deux change, ce qui fait monter le prix de X et baisser celui de Y.
Prenons un exemple concret. Un pool ETH/USDC contient 100 ETH et 300 000 USDC (k = 30 000 000). Si un acheteur veut 10 ETH, il devra fournir suffisamment d’USDC pour que k reste constant. Le prix effectif de ces 10 ETH sera plus élevé que le prix unitaire initial (3 000 USDC), à cause du “slippage” - l’impact de la taille de l’ordre sur le prix.
Les fournisseurs de liquidité
Le système ne fonctionne que si des utilisateurs déposent des tokens dans les pools. Ces fournisseurs de liquidité (Liquidity Providers, ou LP) déposent une paire de tokens en proportions égales (par exemple 1 ETH + 3 000 USDC). En échange, ils reçoivent des tokens LP qui représentent leur part du pool.
Chaque échange génère des frais (0,3% dans la V2), qui sont redistribués aux LP proportionnellement à leur part dans le pool. Sur un pool à fort volume, ces frais peuvent générer un rendement annuel attractif. Mais il y a un piège : l’impermanent loss.
L’impermanent loss : le risque des LP
L’impermanent loss (perte non permanente) est le coût d’opportunité subi par un LP quand le prix relatif des deux tokens change. Si vous déposez de l’ETH et de l’USDC dans un pool et que le prix de l’ETH double, vous auriez gagné davantage en gardant simplement vos ETH dans votre portefeuille. Le mécanisme AMM rééquilibre automatiquement le pool, ce qui signifie que vous finissez avec plus d’USDC et moins d’ETH que prévu.
Pour un mouvement de prix de 2x (doublement), l’impermanent loss est d’environ 5,7%. Pour un mouvement de 5x, elle atteint environ 25%. Les frais collectés compensent parfois cette perte, mais pas toujours - surtout sur les pools à faible volume ou sur des paires volatiles.
WARNING
L’impermanent loss est un risque réel et souvent sous-estimé. Sur une paire volatile comme ETH/SHIB, une variation de prix de 5x dans un sens entraîne une perte d’environ 25% par rapport à un simple hold. Calculez toujours si les frais générés compensent ce risque avant de fournir de la liquidité.
L’évolution du protocole : de V1 à V4
V1 (2018) : les débuts
La première version ne supportait que les paires ETH/token. Pour échanger un token A contre un token B, il fallait passer par ETH comme intermédiaire (A vers ETH, puis ETH vers B). Simple mais limité.
V2 (2020) : paires libres
La V2 a introduit les paires directes entre n’importe quels tokens ERC-20 (par exemple USDC/DAI sans passer par ETH), les flash swaps (emprunts sans collatéral sur un seul bloc), et un oracle de prix intégré. Le volume a explosé : Uniswap V2 a traité plus de 135 milliards de dollars dans sa première année.
V3 (2021) : liquidité concentrée
La V3 a apporté un changement de taille : la liquidité concentrée. Au lieu de répartir leur liquidité sur toute la courbe de prix (de 0 à l’infini), les LP choisissent une fourchette de prix précise. Un LP sur le pool ETH/USDC peut dire : “je fournis de la liquidité uniquement entre 2 800 et 3 200 USDC par ETH.”
Le résultat : une efficacité du capital jusqu’à 4 000 fois supérieure à la V2 pour des fourchettes très étroites. Un LP V3 peut générer les mêmes frais qu’un LP V2 avec beaucoup moins de capital déposé. Le revers : si le prix sort de la fourchette choisie, le LP ne collecte plus aucun frais et subit l’intégralité de l’impermanent loss dans un sens.
V4 (2024) : les hooks
La V4, déployée fin 2024, introduit les “hooks” - des modules de logique personnalisée qui s’exécutent avant ou après certaines actions du pool (échange, ajout de liquidité, retrait). Chaque pool peut avoir ses propres règles : frais dynamiques, ordres limites on-chain, stratégies de liquidité automatisées, ou même des mécanismes anti-MEV.
L’architecture a aussi été optimisée avec le “singleton contract” : tous les pools vivent dans un seul smart contract, ce qui réduit les coûts de gas pour les opérations multi-pools de 99% par rapport à la V3.
TIP
Les hooks de la V4 permettent à des développeurs tiers de créer des stratégies de pool sur mesure. Des projets construisent déjà des hooks pour les ordres limites, les stratégies TWAP (Time-Weighted Average Price) et la protection contre les attaques sandwich - des fonctions qui nécessitaient auparavant des protocoles séparés.
UniswapX et le trading basé sur les intentions
Lancé en 2023, UniswapX est un protocole de routage qui fonctionne différemment des versions précédentes. Au lieu d’exécuter un swap directement sur un pool on-chain, l’utilisateur signe une “intention” (intent) : “je veux échanger 1 ETH contre le maximum d’USDC possible.”
Des “fillers” (market makers, arbitrageurs, ou d’autres protocoles) se concurrencent pour remplir cette intention au meilleur prix. Le trade peut être routé vers des pools Uniswap, d’autres DEX, ou même des sources de liquidité off-chain. L’utilisateur ne paie pas de gas directement - le filler le prend en charge.
Ce modèle ressemble à ce que font les agrégateurs comme 1inch ou CoW Swap. La différence : UniswapX est intégré nativement dans l’interface Uniswap, ce qui lui donne un avantage de distribution immédiat.
Uniswap Labs vs le protocole Uniswap
Une distinction importante : Uniswap Labs et le protocole Uniswap sont deux entités séparées.
Le protocole est un ensemble de smart contracts immuables déployés sur Ethereum et d’autres chaînes. Une fois déployés, personne - pas même Uniswap Labs - ne peut les modifier ou les arrêter. Ils continueront à fonctionner tant qu’Ethereum existe. La gouvernance du protocole est gérée par les détenteurs d’UNI.
Uniswap Labs est l’entreprise privée (basée à New York) qui développe l’interface web app.uniswap.org, le portefeuille mobile Uniswap Wallet, et qui a conçu chaque version du protocole. L’entreprise a levé plus de 170 millions de dollars en capital-risque auprès de fonds comme a16z, Paradigm et Polychain Capital.
En octobre 2023, Uniswap Labs a commencé à prélever des frais de 0,15% sur certains swaps effectués via son interface web et mobile. Ces frais vont directement à Uniswap Labs, pas au protocole ou aux détenteurs d’UNI. Un utilisateur peut éviter ces frais en interagissant directement avec les smart contracts ou via des interfaces alternatives.
Le token UNI et le débat du “fee switch”
Le token UNI est avant tout un token de gouvernance. Il donne le droit de voter sur les propositions qui affectent le protocole : paramètres des pools, allocation de la trésorerie, déploiements sur de nouvelles chaînes.
Mais une question revient sans cesse dans la communauté : le “fee switch”. Depuis la V2, le protocole inclut un mécanisme qui permet de rediriger une fraction des frais des pools (1/6e des 0,3%, soit 0,05%) vers la trésorerie du protocole - et potentiellement vers les détenteurs d’UNI. Ce mécanisme n’a jamais été activé.
En février 2024, une proposition de gouvernance a relancé le débat en suggérant d’activer le fee switch et de distribuer les revenus aux détenteurs d’UNI qui stakent et délèguent leurs tokens. La proposition a suscité beaucoup d’intérêt mais aussi des questions juridiques : si UNI génère des revenus directs, cela pourrait le requalifier en “titre financier” (security) au sens du droit américain.
IMPORTANT
Le fee switch est le point central de la thèse d’investissement pour UNI. Sans activation, UNI reste un pur token de gouvernance sans flux de revenus. Avec activation, il pourrait capter une part des milliards de dollars de frais générés par le protocole. Le risque réglementaire lié à cette décision freine la gouvernance depuis 2020.
Déploiement multi-chaîne et adoption
Uniswap n’est plus un protocole réservé à Ethereum. Le protocole est déployé sur plus de 10 chaînes : Ethereum, Polygon, Arbitrum, Optimism, Base, BNB Chain, Avalanche, Celo, et d’autres. Les déploiements sur les L2 d’Ethereum (Arbitrum, Optimism, Base) sont particulièrement stratégiques car les frais de gas y sont 10 à 100 fois inférieurs à ceux du mainnet Ethereum.
En termes de volume, Uniswap reste le DEX numéro un sur Ethereum et ses L2. Il traite régulièrement entre 1 et 3 milliards de dollars d’échanges par jour toutes chaînes confondues. Sur Base (le L2 de Coinbase), Uniswap domine avec plus de 40% du volume DEX.
La Uniswap Foundation, une entité indépendante d’Uniswap Labs, distribue des subventions (grants) pour financer le développement de l’écosystème : outils d’analyse, interfaces alternatives, recherche académique sur les AMM, et intégration de nouvelles chaînes.
La pression réglementaire
En avril 2024, Uniswap Labs a reçu un Wells notice de la SEC américaine - un avertissement formel indiquant que l’agence envisage des poursuites. La SEC considère potentiellement Uniswap comme une bourse de valeurs mobilières non enregistrée et UNI comme un titre financier.
Uniswap Labs a contesté cette position en argumentant que le protocole est un ensemble de smart contracts immuables et que l’entreprise ne contrôle pas les échanges qui s’y déroulent. Le dossier est comparable au débat plus large sur la réglementation des DEX : un protocole décentralisé peut-il être tenu responsable des tokens échangés par ses utilisateurs ?
Cette incertitude réglementaire pèse sur le cours d’UNI. Une résolution favorable pourrait lever un frein important pour l’adoption institutionnelle du protocole, tandis qu’une action en justice formelle ajouterait un risque supplémentaire pour les investisseurs.
Points forts d’Uniswap
Position dominante. Uniswap est le DEX le plus utilisé au monde depuis plus de quatre ans. Cette domination crée un effet de réseau : plus il y a de liquidité, meilleurs sont les prix, ce qui attire plus de traders, ce qui attire plus de liquidité. Difficile pour un concurrent de briser ce cycle.
Innovation technique continue. De la V1 à la V4, chaque version a apporté des améliorations significatives. La liquidité concentrée (V3) et les hooks (V4) ont repoussé les limites de ce qu’un AMM peut faire. Uniswap fixe le standard que les autres DEX suivent.
Infrastructure décentralisée. Les smart contracts sont immuables et permissionless. Même si Uniswap Labs ferme demain, le protocole continue de fonctionner. Cette résilience est un atout concret face aux plateformes centralisées qui peuvent être saisies ou fermées.
Déploiement multi-chaîne. La présence sur plus de 10 chaînes, dont les principaux L2, assure à Uniswap une couverture large de l’écosystème EVM. Les utilisateurs retrouvent la même interface et la même expérience quel que soit le réseau.
Trésorerie importante. La DAO Uniswap dispose d’une trésorerie de plusieurs milliards de dollars en tokens UNI, ce qui lui donne les moyens de financer le développement sur le long terme.
Points faibles d’Uniswap
Le token UNI manque d’utilité concrète. C’est la faiblesse principale. UNI est un token de gouvernance pur : pas de revenus, pas de staking productif, pas de mécanisme de burn. Sans activation du fee switch, le token ne capte aucune valeur du protocole. Un investisseur peut utiliser Uniswap tous les jours sans jamais avoir besoin d’UNI.
Risque réglementaire. Le Wells notice de la SEC et l’incertitude juridique autour des DEX représentent un risque réel. Une action en justice pourrait affecter le développement d’Uniswap Labs et la confiance des investisseurs institutionnels.
Concurrence des agrégateurs. Des protocoles comme 1inch, CoW Swap ou Paraswap routent les trades vers le meilleur prix disponible, y compris Uniswap. Ces agrégateurs captent une part croissante du flux de trading sans que les utilisateurs interagissent directement avec Uniswap. Le protocole devient une source de liquidité en arrière-plan plutôt qu’une interface de trading.
Impermanent loss pour les LP. Fournir de la liquidité sur Uniswap est rentable uniquement si les frais collectés dépassent l’impermanent loss. Des études ont montré qu’une majorité de LP sur la V3 perdent de l’argent sur les paires volatiles. La liquidité concentrée augmente à la fois les gains potentiels et les risques.
Frais de gas sur Ethereum. Même si les déploiements L2 atténuent le problème, un swap sur le mainnet Ethereum via Uniswap coûte entre 5 et 50 EUR de gas selon la congestion. C’est prohibitif pour les petits montants et pousse les utilisateurs vers des chaînes alternatives ou des CEX.
Notre avis sur Uniswap
Notre verdict sur Uniswap est neutre. Le protocole est le DEX dominant, techniquement en avance, et son infrastructure décentralisée lui donne une résilience rare dans l’écosystème crypto. Mais le token UNI, en tant qu’investissement, présente des faiblesses structurelles.
Côté positif, Uniswap a prouvé son modèle. Plus de 2 000 milliards de dollars de volume cumulé, une présence sur toutes les chaînes EVM pertinentes, et un rythme d’innovation qui reste le meilleur du secteur DEX. Les hooks de la V4 ouvrent des possibilités que la concurrence mettra du temps à répliquer. La trésorerie de la DAO et la communauté active assurent une base solide pour les années à venir.
Côté négatif, le token UNI ne capte pas la valeur générée par le protocole. Tant que le fee switch reste désactivé, UNI est un token de gouvernance sans flux de revenus. La concurrence des agrégateurs érode la relation directe entre utilisateurs et protocole. Et le risque réglementaire lié au Wells notice de la SEC ajoute une couche d’incertitude.
Pour un investisseur, UNI peut se justifier comme un pari sur l’activation future du fee switch et sur la croissance continue de la DeFi. Mais au prix actuel, le marché price déjà une partie de ces espérances. L’absence de mécanisme concret de capture de valeur pour les détenteurs de tokens reste le point faible principal.
Un protocole dominant dans son domaine, mais un token dont la proposition de valeur attend encore d’être déverrouillée.
FAQ
Uniswap est-il sûr et fiable ?
Le protocole Uniswap (smart contracts) n’a jamais été hacké sur ses versions principales. Les contrats sont audités par des firmes reconnues et leur code est open-source. Les risques viennent plutôt des tokens échangés (arnaques, rug pulls) et de l’impermanent loss pour les fournisseurs de liquidité. Utilisez toujours l’interface officielle (app.uniswap.org) et vérifiez les adresses des tokens avant d’échanger.
Comment le token UNI prend-il de la valeur ?
Pour l’instant, UNI est un token de gouvernance pur. Sa valeur repose sur le droit de vote dans la DAO et sur l’anticipation que le “fee switch” sera un jour activé, ce qui permettrait aux détenteurs de capter une fraction des frais générés par le protocole. Sans cette activation, UNI ne génère aucun revenu direct pour ses détenteurs.
Quelle est la différence entre Uniswap et un exchange centralisé ?
Sur un exchange centralisé (Binance, Coinbase), vous déposez vos fonds sur la plateforme qui les garde en custody. Sur Uniswap, vous gardez le contrôle de vos tokens dans votre propre portefeuille - l’échange se fait directement entre votre wallet et un smart contract. En contrepartie, il n’y a pas de service client, pas de protection en cas d’erreur, et les frais de gas peuvent être élevés sur Ethereum.
Peut-on gagner de l’argent en fournissant de la liquidité sur Uniswap ?
C’est possible mais pas garanti. Les LP gagnent une part des frais de trading (0,3% par échange sur la V2, variable sur la V3 et V4). Sur les pools à fort volume et faible volatilité (comme USDC/USDT), le rendement peut être intéressant. Sur les paires volatiles, l’impermanent loss dépasse souvent les frais collectés. Des études estiment qu’environ 50% des LP sur la V3 perdent de l’argent par rapport à un simple hold de leurs tokens.
Où acheter du UNI en France ?
UNI est disponible sur les principales plateformes accessibles en France : Coinbase, Kraken, Binance et Bitpanda. Vous pouvez aussi l’acheter directement sur Uniswap si vous avez déjà de l’ETH ou des stablecoins dans un portefeuille compatible (MetaMask, Rabby, etc.). Les frais varient de 0,1% à 2,5% selon la plateforme et le mode de paiement.