Début 2025, le marché des NFT traînait une gueule de bois tenace. Les volumes avaient fondu, les collections lancées en 2021 ne valaient plus grand-chose et la presse généraliste avait rangé le sujet au placard. Pourtant, un événement parisien continuait d’attirer du monde: NFT Paris. Pas par nostalgie, pas par déni. Plutôt parce que sous le bruit des prix qui s’effondrent, il se passe encore des choses concrètes dans les protocoles, les studios de création et les directions innovation des grands groupes. Cette édition 2025, on vous en parle aujourd’hui avec un peu de recul, parce que ce qu’on y a vu éclaire autant la fin d’une ère que les débuts d’une autre.
Un salon sous tension, entre maturité forcée et effondrement des volumes
Si vous cherchez une preuve que l’industrie crypto sait faire salon même quand les courbes sont rouges, NFT Paris 2025 en est une. Les organisateurs n’ont jamais communiqué de chiffres de fréquentation précis, mais plusieurs médias spécialisés ont rapporté une affluence comparable à 2024, soit autour de 15 000 visiteurs sur deux jours. Le lieu, la Grande Halle de la Villette, restait inchangé, avec ses allées larges où l’on croisait aussi bien des développeurs Solidity que des directeurs artistiques de maisons de luxe.
Ce qui frappait en arrivant, c’était le nombre de stands qui ne parlaient plus du tout d’« investissement » ou de « rendement ». Les exposants vendaient des outils de vérification d’authenticité pour l’horlogerie, des solutions de billetterie infalsifiable, des places de marché destinées aux photographes. Le bull market de 2021 paraissait loin.
Pour saisir l’ambiance générale, la vidéo de présentation officielle du salon donne une bonne idée du positionnement que les équipes voulaient imprimer: moins de hype, plus de cas concrets.
Beaucoup de visiteurs venaient justement pour comprendre à quoi pouvait bien servir une technologie de certification numérique au-delà des images de singes. Et le salon a plutôt bien rempli cette mission.
Ce qui s’est vraiment passé à la Grande Halle en février
L’événement s’est déroulé sur deux jours, un jeudi et un vendredi, début février. La date précise n’a pas été massivement reprise après coup, signe que la communication post-événement a été minimale. Le site de la Villette listait simplement l’édition 2025 dans son agenda, sans fiche rétrospective détaillée une fois les portes refermées.
Le public, lui, était plus hétérogène que les années précédentes. On voyait moins de « crypto bros » en sweat à capuche et davantage de professionnels en blazer, badge visiteur corporate autour du cou. LVMH, Kering, la Société Générale: ces noms avaient des stands ou des représentants dans les conférences. Le luxe, la banque et l’assurance commencent à considérer les jetons non fongibles comme une couche d’infrastructure, pas comme une collection spéculative. C’est un changement de ton qui n’a échappé à personne.
Les conférences, justement, méritent qu’on s’y arrête. Loin des keynotes pompeuses de la grande époque, la plupart des prises de parole tournaient autour de questions très pratiques: comment tokeniser un actif immobilier sans tomber sous le coup du droit financier européen? Quelle blockchainsupportent réellement des transactions à moins d’un centime pour du ticketing? Le marché baissier a ceci de sain qu’il évacue les vendeurs de rêve.
Conférences, gaming, métavers: le programme décortiqué
Les allées de la Grande Halle accueillaient plusieurs scènes. La principale concentrait les débats sur la réglementation, l’interopérabilité et la tokenisation d’actifs réels. Les side events, eux, partaient dans des directions plus créatives: une exposition d’art génératif, un espace réservé aux jeux blockchain, une démonstration de mode numérique portée par des avatars.
Pour avoir une vision d’ensemble de la programmation, l’interview du CEO Alexandre Tsydenkov, publiée pendant le salon, reste une des sources les plus complètes. Il y détaille ce que l’équipe souhaitait mettre en avant: la rencontre entre les créateurs, les développeurs et les entreprises qui n’ont pas encore sauté le pas.
Trois grands axes se dégageaient dans les discussions.
D’abord, la traçabilité. Plusieurs industriels du luxe présents expliquaient comment un certificat numérique lié à un objet physique permet de lutter contre la contrefaçon. L’idée n’est pas neuve, mais les prototypes montrés fonctionnaient, avec des puces NFC couplées à un enregistrement on-chain.
Ensuite, le gaming. L’espace dédié ne proposait pas de stands « play-to-earn » promettant de gagner sa vie en cliquant sur des monstres. On y testait des jeux où les objets possédés par les joueurs étaient de vrais NFT interopérables entre plusieurs titres. La promesse est celle d’un marché secondaire ouvert, pas celle d’un revenu garanti.
Enfin, les métavers. Ou plutôt les multiples « expériences immersives », pour reprendre le terme utilisé par les exposants. La réalité virtuelle n’occupait pas la place centrale; on parlait surtout de jumeaux numériques d’événements, de showrooms persistants accessibles via un simple navigateur.
Pourquoi le marché des NFT ne regardait plus seulement les prix
Si vous débarquiez sur le salon avec en tête les prix stratosphériques des singes de 2021, vous risquiez d’être déçu. Les transactions à plusieurs centaines de milliers d’euros appartenaient déjà au passé. En février 2025, le marché était plus proche d’un marché de l’art contemporain classique: quelques ventes notables, une masse de pièces illiquides, et surtout une industrie qui cherche sa rentabilité ailleurs.
Beaucoup de porteurs de projets cherchaient à pivoter vers le BtoB. Le mot « utility » revenait dans toutes les conversations. Certaines entreprises présentes proposaient d’utiliser les NFT comme des preuves de participation à des programmes de fidélité, d’autres comme des clés d’accès à du contenu exclusif.
Ce virage vers l’utilitaire est cohérent avec l’évolution plus large de la DeFi et du Web3, où l’on parle désormais de rendement réel issu d’activité économique plutôt que d’émissions inflationnistes. Le salon n’était d’ailleurs pas déconnecté du reste de l’écosystème financier: plusieurs conférences faisaient le lien avec l’évolution de la finance décentralisée et la nécessité de construire des protocoles qui génèrent de la valeur tangible.
Reste une question que beaucoup se posaient dans les couloirs: y a-t-il encore des acheteurs pour tous ces jetons? La réponse est nuancée. Les volumes globaux étaient en baisse, mais les acheteurs restants devenaient plus sélectifs, plus informés. Une forme d’assainissement, en somme.
L’ombre de l’annulation de 2026
Avec le recul, cette édition 2025 a pris une tout autre dimension. Quelques mois plus tard, les organisateurs annonçaient l’annulation pure et simple de l’édition 2026, prévue à la même période. La nouvelle a été largement commentée, y compris par Cointelegraph, qui y voyait le symptôme d’un marché encore trop fragile pour soutenir un salon de cette envergure sans sponsors massifs.
Est-ce que cela rend NFT Paris 2025 plus important ou plus anecdotique? Probablement un peu des deux. L’événement n’a pas empêché le déclin du marché spéculatif des NFT, mais il a montré qu’une partie de l’industrie continuait à construire. C’est peut-être là le vrai legs: une photographie, peut-être la dernière à cette échelle, d’un secteur qui essayait de grandir dans l’adversité plutôt que de disparaître sous les courbes baissières.
Pour ceux qui s’intéressent à la suite, l’un des enjeux est désormais de comprendre comment investir dans les cryptos en évitant les pièges et en identifiant les projets qui ne dépendent pas exclusivement de la hausse des cours pour exister. C’est précisément ce que le salon tentait d’illustrer.
Questions fréquentes
Quelles sont les dates du NFT Paris 2025?
L’édition 2025 s’est déroulée un jeudi et un vendredi, début février, à la Grande Halle de la Villette. Les dates exactes (les 13 et 14 février) ont circulé dans les agendas professionnels, mais aucune page à forte visibilité n’en a fait un point de communication durable une fois le salon terminé.
NFT Paris, c’est quoi?
C’est un salon professionnel et grand public consacré à la technologie des jetons non fongibles, à la blockchain et aux applications du Web3. Lancé en 2022, il réunit chaque année des artistes, des développeurs, des entreprises et des investisseurs autour d’expositions, de conférences et de démonstrations. L’édition 2025 a accentué le virage vers les cas d’usage concrets (traçabilité, jeux vidéo, billetterie) plutôt que sur la spéculation.
Quel NFT acheter en 2025?
La question mérite d’être posée autrement: acheter un NFT pour quoi faire? Collectionner une œuvre d’art numérique, obtenir un accès privilégié à un service, vérifier l’authenticité d’un objet physique. Les collections purement spéculatives ont perdu l’essentiel de leur valeur. Avant tout achat, il est plus prudent de définir l’usage que vous attendez du jeton et de vous renseigner sur l’équipe et la liquidité réelle du marché secondaire.
Y aura-t-il un NFT Paris en 2026?
Non. L’édition 2026, initialement prévue à la Grande Halle de la Villette, a été officiellement annulée par les organisateurs. Cette décision, intervenue probablement devant la difficulté à réunir les sponsors et exposants dans un marché déprimé, a mis un terme à la série de salons annuels.