Qu’est-ce qu’Injective ?
Injective est une blockchain de couche 1 (layer 1) construite pour la finance décentralisée. Le projet se distingue par une spécialisation claire : offrir des outils financiers natifs directement dans le protocole, au lieu de laisser chaque application les réinventer de zéro. Carnet d’ordres on-chain, module de dérivés, passerelles cross-chain - tout est intégré dans la couche de base.
Le projet a été cofondé en 2018 par Eric Chen et Albert Chon, deux anciens de Stanford. Eric Chen a travaillé chez Innovating Capital, un fonds crypto new-yorkais, avant de se consacrer à plein temps à Injective. Albert Chon, ingénieur logiciel, a contribué à des projets de recherche sur les protocoles décentralisés à Stanford. Injective Labs, la société derrière le développement, a levé plus de 40 millions de dollars auprès d’investisseurs comme Pantera Capital, Binance Labs et Jump Crypto.
Le mainnet a été lancé en novembre 2021. Depuis, le réseau a traité plus de 600 millions de transactions. Le token natif INJ sert à payer les frais de transaction, à participer au staking (Proof of Stake), à voter sur la gouvernance du protocole et à alimenter le mécanisme déflationniste d’enchères (burn auction) qui retire en permanence des tokens de la circulation.
En termes de capitalisation, INJ se situe généralement entre la 30e et la 50e place du classement crypto, avec une valorisation qui a oscillé entre 1 et 4 milliards de dollars sur l’année 2025. Le supply maximum est plafonné à 100 millions d’INJ, mais le mécanisme de burn réduit progressivement ce chiffre.
NOTE
Eric Chen a fait partie de la première promotion du programme d’incubation de Binance Labs en 2018. Ce parrainage précoce par le plus gros exchange mondial a donné à Injective une visibilité et un réseau de contacts que peu de projets DeFi obtiennent à ce stade.
Comment fonctionne Injective ?
Architecture Cosmos SDK et CometBFT
Injective est construite avec le Cosmos SDK et utilise le consensus CometBFT (anciennement Tendermint BFT). Ce choix a des conséquences directes sur les performances et l’interopérabilité du réseau.
CometBFT est un algorithme Byzantine Fault Tolerant : le réseau reste fonctionnel tant que moins d’un tiers des validateurs sont compromis ou hors ligne. La finalité est instantanée - une fois un bloc validé, pas de retour en arrière possible. Le temps de bloc sur Injective est d’environ 1 seconde, avec une finalité immédiate. Le réseau compte environ 50 validateurs actifs en Proof of Stake délégué.
L’interopérabilité IBC (Inter-Blockchain Communication) est native. Injective peut échanger des tokens et des données avec toutes les blockchains de l’écosystème Cosmos (Osmosis, Celestia, dYdX, Stride…) sans bridge externe. Le protocole supporte aussi des passerelles vers Ethereum, Solana et plusieurs autres chaînes via des modules de bridge dédiés.
Le carnet d’ordres on-chain
C’est la particularité technique qui différencie Injective de la plupart des blockchains DeFi. Au lieu de s’appuyer sur des AMM (Automated Market Makers) comme Uniswap ou Raydium, Injective intègre un carnet d’ordres (order book) directement dans la couche de base du protocole.
Un carnet d’ordres fonctionne comme sur les marchés financiers traditionnels : les acheteurs placent des ordres limites (prix auquel ils veulent acheter) et les vendeurs font de même. Quand un prix d’achat et un prix de vente se rencontrent, l’échange se fait automatiquement. Ce modèle offre plusieurs avantages par rapport aux AMM :
- Meilleure découverte des prix : les ordres limites permettent aux traders de définir exactement leur prix d’entrée et de sortie.
- Moins de slippage : sur les AMM, les gros ordres déplacent le prix de manière significative. Un carnet d’ordres profond absorbe mieux les volumes importants.
- Types d’ordres avancés : stop-loss, take-profit, ordres conditionnels - des fonctionnalités que les AMM ne proposent pas nativement.
Ce carnet d’ordres est un module partagé. Toute application construite sur Injective peut l’utiliser, ce qui centralise la liquidité au lieu de la fragmenter entre plusieurs protocoles.
TIP
Le carnet d’ordres on-chain d’Injective est zero gas pour les makers (ceux qui posent des ordres limites). Seuls les takers (ceux qui prennent la liquidité existante) paient des frais, et ces frais sont très bas. Ce modèle attire les market makers professionnels, ce qui améliore la profondeur de liquidité pour tout le monde.
Smart contracts CosmWasm
Injective supporte les smart contracts via CosmWasm, un environnement d’exécution basé sur WebAssembly. Les développeurs écrivent leurs contrats en Rust, puis les compilent en Wasm pour les déployer sur la chaîne.
CosmWasm est aussi compatible avec les contrats injectifs (injectived), ce qui signifie que les dApps peuvent interagir directement avec les modules natifs du protocole - carnet d’ordres, module de dérivés, oracle, insurance fund - sans passer par des contrats intermédiaires.
Un point à signaler : Injective supporte aussi l’EVM via inEVM, un module de compatibilité Ethereum. Les développeurs Solidity peuvent déployer leurs contrats sur Injective sans réécriture. Ce pont entre Cosmos et Ethereum élargit le bassin de développeurs potentiels.
CAUTION
Le staking d’INJ implique une période de dé-staking de 21 jours (standard Cosmos). Pendant cette période, vos tokens sont bloqués et ne peuvent pas être vendus. En cas de chute brutale du cours, vous n’avez aucune possibilité de sortir avant la fin du délai. Prenez ce paramètre en compte avant de staker.
Burn auction et mécanisme déflationniste
Le mécanisme de burn d’Injective est original. Chaque semaine, une partie des frais de trading collectés sur le réseau est mise aux enchères. Les participants enchérissent en INJ pour racheter ce panier de tokens (qui contient un mélange des frais collectés en différents actifs). Les INJ utilisés pour la meilleure enchère sont ensuite brûlés - retirés définitivement de la circulation.
En janvier 2026, Injective a annoncé le “INJ Supply Squeeze”, un changement permanent qui double le taux de déflation du token. Ce mécanisme renforce la pression acheteuse sur INJ : plus l’activité de trading augmente sur le réseau, plus le nombre de tokens brûlés chaque semaine est élevé. À ce jour, plus de 6 millions d’INJ ont été retirés de la circulation via les burn auctions.
IMPORTANT
Le supply maximum d’INJ est de 100 millions de tokens, mais le mécanisme de burn auction réduit ce chiffre en continu. Avec le “INJ Supply Squeeze” annoncé en janvier 2026, le taux de déflation a doublé. C’est un modèle comparable à celui de BNB (Binance Coin) ou d’ETH post-Merge, où l’activité réseau réduit l’offre disponible.
L’écosystème Injective
DeFi et trading
L’écosystème DeFi d’Injective est centré autour du trading, avec plusieurs protocoles qui exploitent le carnet d’ordres natif :
- Helix : le DEX phare du réseau, qui propose du trading spot et de dérivés (perpétuels, futures). Helix utilise directement le module d’échange d’Injective et offre une interface comparable aux exchanges centralisés, avec des graphiques TradingView, des ordres limites et du levier.
- Mito : un protocole de vaults automatisés qui simplifie le yield farming sur Injective. Les utilisateurs déposent des actifs et les stratégies de market making sont gérées automatiquement.
- Neptune Finance : protocole de lending et borrowing sur Injective, qui permet d’emprunter contre ses actifs stakés.
- Hydro Protocol : protocole de liquidité concentrée, optimisé pour le market making algorithmique.
- Talis : marketplace NFT natif sur Injective.
Le TVL (Total Value Locked) d’Injective fluctue entre 50 et 150 millions de dollars selon les conditions de marché. C’est modeste comparé à des chaînes comme Solana (8 milliards) ou Arbitrum (3 milliards), mais le réseau est plus jeune et sa spécialisation dans le trading génère de la valeur au-delà du TVL pur (les volumes d’échange ne sont pas comptés dans le TVL).
Adoption institutionnelle
Injective a progressivement attiré des acteurs institutionnels. Pantera Capital a mené plusieurs tours de financement. Jump Crypto, un des plus gros market makers de l’industrie, est validateur sur le réseau et fournit de la liquidité. Google Cloud est aussi opérateur de validateur.
Le réseau a noué des partenariats avec des fournisseurs de données financières comme Pyth Network (oracles de prix) et Band Protocol. Des institutions TradFi explorent aussi l’utilisation d’Injective pour tokeniser des actifs réels (RWA - Real World Assets) via des marchés de dérivés.
Points forts d’Injective
Carnet d’ordres natif. C’est l’argument différenciant. Au lieu de recréer un carnet d’ordres par-dessus un AMM avec des smart contracts complexes, Injective l’intègre dans le protocole de base. La liquidité est partagée entre toutes les applications, les frais sont bas, et les types d’ordres avancés sont disponibles nativement.
Tokenomics déflationniste. Le mécanisme de burn auction crée une boucle vertueuse : plus il y a d’activité de trading, plus d’INJ sont brûlés, plus le supply diminue. Avec le Supply Squeeze de 2026, cette pression est doublée. Pour un investisseur, c’est un modèle économique aligné avec la croissance du réseau.
Interopérabilité large. IBC natif pour tout l’écosystème Cosmos, bridge vers Ethereum et Solana, compatibilité EVM via inEVM. Injective est connectée à un large éventail de chaînes, ce qui facilite les flux de capitaux et l’arrivée de nouveaux utilisateurs.
Spécialisation finance. Plutôt que de viser tous les cas d’usage (gaming, social, NFT…), Injective se concentre sur la DeFi et le trading. Cette spécialisation permet d’optimiser chaque couche du stack pour les applications financières.
Soutien institutionnel solide. Pantera Capital, Binance Labs, Jump Crypto, Google Cloud - le réseau de partenaires et d’investisseurs d’Injective est parmi les plus solides de l’écosystème Cosmos.
Points faibles d’Injective
TVL encore modeste. Malgré la qualité de l’infrastructure technique, le TVL d’Injective reste en dessous de la barre des 200 millions de dollars. C’est le signe que l’adoption réelle n’a pas encore rattrapé les ambitions du projet. La liquidité des marchés de dérivés, si on compare à dYdX ou GMX, reste limitée sur plusieurs paires.
Nombre limité de validateurs. Avec environ 50 validateurs actifs, la décentralisation d’Injective est inférieure à celle de la plupart des blockchains Cosmos (le Hub en compte 180, Osmosis 150). Ce nombre restreint concentre le pouvoir de validation et réduit la résistance à la censure.
Dépendance au narratif trading. Si le marché crypto entre dans une phase de stagnation prolongée, l’activité de trading s’effondre, et avec elle les revenus du réseau et le volume de burn auction. Le modèle économique d’Injective est directement corrélé à l’appétit spéculatif du marché.
Écosystème encore jeune. Le nombre d’applications déployées sur Injective reste limité par rapport à des écosystèmes plus mûrs. Helix concentre la grande majorité de l’activité DEX. Si Helix rencontre un problème, c’est tout l’écosystème de trading qui en souffre.
Concurrence féroce. dYdX (aussi sur Cosmos) s’est imposé comme la référence du trading de dérivés décentralisé avec son propre carnet d’ordres. Hyperliquid, une chaîne spécialisée dans les perpétuels, a explosé en 2024-2025. Et les DEX sur Solana (Jupiter, Drift) capturent une part croissante du volume spot.
WARNING
Le marché des DEX de dérivés est très compétitif. dYdX, Hyperliquid et GMX traitent chacun des volumes quotidiens supérieurs à ceux d’Injective. Avant d’investir, vérifiez les volumes réels de trading sur Helix et comparez-les à la concurrence pour évaluer la traction du réseau.
Notre avis sur Injective
Notre verdict sur Injective est positif, avec des réserves. Le projet apporte une réponse technique solide à un vrai problème : construire une infrastructure de trading décentralisé performante, avec un carnet d’ordres natif, des dérivés intégrés et une interopérabilité large.
L’architecture est bien pensée. Le choix du Cosmos SDK donne à Injective la souveraineté d’une chaîne dédiée, la compatibilité IBC pour les flux cross-chain, et la flexibilité de modules personnalisés (carnet d’ordres, burn auction, insurance fund). Le mécanisme déflationniste est un atout pour les investisseurs long terme : chaque dollar de volume de trading réduit le supply d’INJ.
L’équipe a montré une exécution régulière depuis le lancement du mainnet en 2021. Le réseau n’a pas connu de panne majeure. Les mises à jour se succèdent (inEVM, Supply Squeeze, amélioration des modules de dérivés). Le soutien d’investisseurs comme Pantera Capital et Jump Crypto donne de la crédibilité et de la liquidité.
Les réserves portent sur l’adoption. Le TVL et les volumes de trading n’ont pas encore atteint le niveau de la concurrence. Injective a l’infrastructure, mais elle doit prouver qu’elle peut attirer et retenir suffisamment d’utilisateurs et de market makers pour créer un cercle vertueux de liquidité. La compétition avec dYdX, Hyperliquid et les DEX Solana est rude.
Pour un investisseur, INJ est un pari sur la spécialisation finance dans l’écosystème Cosmos. Si le trading décentralisé continue de croître (et la tendance est claire depuis 2023), une blockchain optimisée pour ce cas d’usage a de bonnes chances de capter une part de ce marché. Le mécanisme de burn ajoute une dynamique de rareté qui peut amplifier les mouvements de prix.
Un projet techniquement solide, bien financé, avec une vision claire - qui doit maintenant transformer son potentiel en adoption concrète.
FAQ
Injective est-elle un bon investissement en 2026 ?
INJ bénéficie d’un modèle déflationniste (burn auction + Supply Squeeze), d’un écosystème de trading en croissance et d’investisseurs de premier plan (Pantera Capital, Binance Labs, Jump Crypto). La capitalisation se situe entre 1 et 4 milliards de dollars, ce qui laisse une marge de progression si le trading décentralisé continue sa croissance. Les risques : TVL encore modeste, concurrence forte (dYdX, Hyperliquid), et dépendance à l’activité spéculative. N’investissez que ce que vous pouvez vous permettre de perdre.
Quelle est la différence entre Injective et dYdX ?
Les deux sont des blockchains Cosmos spécialisées dans le trading décentralisé avec carnet d’ordres. dYdX se concentre sur les perpétuels et a migré vers sa propre chaîne Cosmos (dYdX Chain) fin 2023. Injective est plus généraliste : en plus des perpétuels, elle propose du trading spot, un module de dérivés configurable, des smart contracts CosmWasm, et une compatibilité EVM via inEVM. dYdX traite des volumes quotidiens plus élevés, mais Injective offre un écosystème plus diversifié.
Comment fonctionne le mécanisme de burn d’INJ ?
Chaque semaine, les frais de trading collectés sur le réseau sont mis aux enchères. Les participants enchérissent en INJ pour racheter ce panier de frais. Les INJ de l’enchère gagnante sont brûlés - retirés définitivement de la circulation. Plus l’activité de trading est élevée, plus le montant brûlé augmente. Depuis le lancement, plus de 6 millions d’INJ ont été détruits. Le “Supply Squeeze” de janvier 2026 a doublé le rythme de déflation.
Où acheter du INJ en France ?
INJ est disponible sur les principales plateformes accessibles en France : Binance, Coinbase, Kraken, KuCoin et Gate.io. Pour les plateformes enregistrées PSAN (Prestataire de Services sur Actifs Numériques) auprès de l’AMF, vous bénéficiez d’un cadre réglementaire protecteur. Les frais d’achat varient de 0,1% à 2,5% selon la plateforme. Vous pouvez aussi acheter INJ via des DEX comme Osmosis (dans l’écosystème Cosmos) ou Helix (sur Injective directement).